Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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La générosité naturelle de Boccace, excitée par les deux passions les plus nobles, l'amour des lettres et l'amour de la patrie, lui fit oublier la médiocrité de sa fortune. Il dissipa, pour subvenir à ces dépenses, une grande partie de son modeste patrimoine, et ce fut surtout depuis ce moment qu'il fut tourmenté de tous les embarras qu'entraîne un dérangement d'affaires. Son amour pour le plaisir, disons-le nettement, son inconduite, et l'habitude de se livrer avec ardeur à tous ses goûts, contribuèrent aussi à cet état de gêne où il se trouva réduit, et qui alla jusqu'à l'indigence. Presque tous ses amis l'abandonnèrent alors, comme cela est arrivé dans tous les temps. Mais il n'en fut pas ainsi de Pétrarque: il l'aida de sa bourse, de ses consolations, de ses livres; il voulut lui procurer des places avantageuses, que Boccace refusa par amour pour sa liberté. Pétrarque fut loin de l'en blâmer, car il n'était pas de ces amis qui donnent des conseils comme des ordres, et qui, quelques raisons que l'on allègue, ne pardonnent pas le refus d'y obéir; mais il lui pardonna moins aisément de ne vouloir pas venir partager sa maison et sa fortune. Ce qu'il lui écrivit à ce sujet est d'une simplicité touchante. «Je vous loue d'avoir refusé de grandes richesses que je vous offrais, et d'avoir préféré la liberté de l'âme et une pauvreté tranquille; mais je ne vous loue pas de même de refuser un ami qui vous a tant de fois appelé. Je ne suis pas en état de vous enrichir: si j'y étais, ce ne serait pas par mes paroles ni par ma plume, mais par des choses et des effets que je m'expliquerais avec vous. Je suis dans une position où ce qui suffit pour un suffira abondamment pour deux hommes qui n'auront qu'un cœur et qu'une maison. Vous me faites injure, si vous dédaignez ce que je vous offre, et plus encore, si vous en doutez 22.» Boccace n'accepta point ces offres généreuses; mais il en aima davantage celui qui les lui faisait de si bon cœur, et il fallut bien que Pétrarque lui pardonnât enfin ce refus, accompagné d'un redoublement d'amitié.