Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
C'était aussi un jurisconsulte habile que ce Guillaume de Pastrengo que nous avons vu, dans la Vie de Pétrarque, jouer un des premiers rôles parmi ses plus intimes amis. Pastrengo sa patrie est une campagne du Véronais. Il fut notaire et juge à Véronne. Les Scaliger, seigneurs de cet état, le chargèrent, en 1335, d'une mission auprès du pape Innocent XII, qui résidait à Avignon: c'est là qu'il connut Pétrarque, et que se forma entre eux cette amitié qui dura autant que leur vie. Mais ce n'est pas comme légiste qu'il doit surtout avoir place dans l'histoire littéraire, c'est comme auteur d'un ouvrage rare et peu connu, le premier modèle de ces Bibliothèques universelles, et de ces Dictionnaires des hommes illustres, qui se sont tant multipliés depuis. S. Jérôme, Gennadius et d'autres auteurs de livres de cette espèce, n'avaient parlé que des écrivains sacrés 188. Photius n'avait traité que des livres qui lui étaient tombés entre les mains. Guillaume de Pastrengo entreprit le premier une Bibliothèque des auteurs sacrés et profanes de tous les pays, de tous les siècles et sur tous les sujets, depuis les temps les plus reculés jusqu'à celui où il vivait. Cet ouvrage écrit en latin, a été imprimé à Venise, en 1547, sous ce faux titre: De originibus rerum 189, que l'auteur ne lui avait point donné. Le manuscrit que l'on en conserve dans une bibliothèque de Venise 190, porte celui-ci: De viris illustribus 191, qui lui convient mieux. La première partie de ce livre est précisément ce qu'on appelle une Bibliothèque. Les auteurs y sont rangés par ordre alphabétique; et, dans des articles faits avec toute l'exactitude que permettait une époque où l'on avait si peu de secours pour ce travail, on trouve une idée succincte de leurs ouvrages. Il était impossible qu'il ne s'y glissât pas beaucoup d'omissions et beaucoup d'erreurs, mais tel qu'il est, il prouve dans son auteur une vaste érudition. Il paraît surprenant qu'il ait pu voir tant de choses au milieu de tant de ténèbres, et ce n'est pas pour lui peu de gloire que d'avoir donné le premier un Dictionnaire de cette espèce. Les autres parties en forment un, historique et géographique, où l'auteur recherche surtout les premières origines, et c'est ce qui a causé l'erreur commise au titre de l'édition de Venise. Cette édition très-rare d'un ouvrage curieux est si remplie de fautes, qu'elle ne peut-être, pour ainsi dire, d'aucun usage. Montfaucon, et après lui Maffei, avaient entrepris d'en donner une nouvelle, corrigée sur les manuscrits; mais ni l'un ni l'autre, ni personne après eux, n'a exécuté ce dessein, qui ne serait pas sans utilité 192.