Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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Avant qu'il se fût lié d'amitié avec Pétrarque, il avait rendu à la supériorité poétique qu'il reconnaissait en lui l'hommage le moins équivoque. En s'adonnant dans sa jeunesse à la poésie vulgaire, il s'était flatté d'occuper la première place après Dante. Il ne connaissait pas alors les poésies italiennes de Pétrarque. Lorsqu'elles lui tombèrent entre les mains, il en fut si surpris et si découragé, qu'il jeta au feu presque tous les vers italiens qu'il avait faits. Pétrarque l'apprit dans la suite, et lui en fit de vifs reproches. On ne sait pas si ce mouvement d'admiration, de modestie, mêlé peut-être aussi d'un peu de dépit, fit périr des productions très-précieuses; mais ce qui en résulta d'heureux, fut que Boccace, voyant qu'il n'y avait plus de rang à prendre en poésie, tourna tous ses efforts du côté de la prose, qui reçut de lui non-seulement plus de régularité, mais le poli, les grâces, les formes élégantes et l'harmonie, que personne ne lui avait encore données. Ce fut au désespoir de ne pouvoir être le second en vers, qu'il dut d'être le premier en prose. Il s'éleva surtout dans ce rang, dans son grand et immortel ouvrage des Dix-Journées ou du Décameron. Il l'avait commencé à Naples; il le termina et le publia à Florence, trois ans après son retour 12. Le bruit que fit cette publication, l'admiration qu'elle excita, les critiques mêmes dont elle fut l'objet, portèrent au plus haut degré la réputation dont il jouissait déjà en Italie. Il sembla que la prose toscane n'avait encore fait que bégayer, qu'elle parlait enfin, que la langue était fixée, et que le vrai modèle de l'éloquence italienne existait pour toujours.