← Table of contents
Histoire littéraire d'Italie (3/9)

Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,

Reading edition

Il n'est pas aussi vrai qu'on le croit communément, que le Décaméron fût un ouvrage de sa première jeunesse. Il y parle de la peste de 1348, et de cette partie de plaisirs née d'une cause si triste, comme de choses déjà passées depuis quelque temps. Quoiqu'il écrivît sans doute avec facilité ces Nouvelles, il n'y put employer moins de deux ou trois années; il avait donc près de quarante ans quand il eût achevé tout l'ouvrage 94. On s'en aperçoit à la maturité du style et à cet art de mettre en jeu les caractères, qui suppose des observations qu'on ne fait pas, et une connaissance du monde qu'on n'a pas encore dans l'extrême jeunesse. Ce n'est donc pas son âge qui peut excuser la liberté souvent licencieuse de ses peintures; mais ce sont les ordres d'une princesse qui avait encore tout pouvoir sur lui; et ces ordres mêmes, ainsi que la faiblesse qu'il eut d'y obéir, ont pour excuse les mœurs de leur temps. La dépravation en était augmentée par ce fléau même qui, d'après les idées communes, devait être un remède violent, fait pour remettre tout dans l'ordre en ce monde, et ne laisser dans les esprits que l'image terrible et l'effrayante pensée de l'autre. C'est ce que Boccace fait sentir dans l'éloquente description qui commence son ouvrage. C'est un des plus beaux morceaux de la littérature italienne; et comme, malgré le mérite et la perfection exquise d'une grande partie des Nouvelles que contient le Décaméron, il en est peu dont on puisse parler avec quelque détail, je m'arrêterai à considérer cette peinture, quelque triste qu'en soit le sujet, de même qu'on admire les tableaux d'un grand peintre, malgré ce qu'ont de pénible et quelquefois même de hideux, les objets qui y sont représentés.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings