Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Quand Boccace entreprit d'écrire ses Nouvelles pour plaire à la princesse Marie, et par ses ordres 88, il recueillit toutes les traditions, il puisa dans toutes les sources. Il n'était pas en Italie le premier conteur en prose; mais il s'empara de ce genre dont il n'existait que de faibles essais, et il le perfectionna. On connaît le recueil de Cent Nouvelles anciennes, Cento Novelle antiche 89, ou le Novellino, l'un des livres où les amateurs de la langue aiment à étudier ses tours originaux et primitifs. Ce ne sont que des historiettes contées sans art et souvent sans élégance. Il y en a qui semblent être du temps de Boccace, d'autres même postérieures à lui; mais il y en a aussi que l'on voit, à l'antiquité du style, à la naïveté encore moins ornée du récit, et à quelques autres marques sensibles, avoir dû être écrites ou à la fin du treizième siècle ou au commencement du quatorzième. Boccace ne dédaigna point d'y puiser quelques sujets 90; il en tira de l'histoire étrangère et nationale, de quelques traductions d'auteurs orientaux et de ces récits populaires qui, n'ayant point encore été écrits, laissent au talent et au génie du conteur plus de liberté. La vie que menaient alors les moines fournissait des anecdotes du genre le plus libre, et elles étaient apparemment du goût particulier de Fiammetta; sans cela il n'aurait pas donné à ces contes orduriers tant de place dans son ouvrage; et il est à remarquer que pas une des cent Novelle antiche n'a, ni dans le sujet, ni dans l'expression, rien de licencieux. Il connaissait aussi des recueils de nos Fabliaux; et il peut en emprunter le fonds de quelques Nouvelles. L'invention des faits n'est donc pas ce qui l'a immortalisé 91: les Italiens tiennent si peu à lui attribuer ce mérite, qu'un de leurs savants les plus zélés pour la gloire littéraire de sa patrie et pour celle de Boccace; Manni, a laborieusement et scrupuleusement recherché toutes les sources où il avait puisé, et surtout les faits, soit anecdotiques, soit historiques qu'il a embellis en les racontant 92. C'est ce talent de tout embellir, de tout raconter avec une grâce et une éloquence inimitables, qui a fait sa gloire; et cette gloire, qu'il ne dut qu'à son génie, rien ne peut la lui ôter.