Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Dans son Recueil de Fabliaux 82, dès qu'il voit le moindre rapport entre un de ces vieux Contes et une Nouvelle de Boccace, sans examiner si l'un et l'autre n'ont pas été tirés des mêmes sources, ni si l'auteur du Fabliau n'a pas lui-même copié Boccace, il décide souverainement que Boccace a pillé l'auteur du Fabliau. Il rassemble enfin contre lui tous ses griefs 83, et lui intente très-sérieusement un procès de plagiat, et, qui pis est, d'ingratitude: «Boccace, dit-il, était venu jeune à Paris, et avait étudié dans l'Université, où notre langue et nos auteurs lui étaient devenus familiers.» Boccace, comme nous l'avons vu dans sa Vie, fut en effet envoyé jeune à Paris, mais il s'en fallait beaucoup que ce fût pour y faire ses études; il y vint avec un marchand chez qui il apprenait la tenue des livres et le calcul. C'était même pour l'empêcher d'étudier autre chose, que son père l'avait mis chez ce marchand; et il fréquenta l'Université, comme les jeunes gens placés à Paris dans le commerce la fréquentent aujourd'hui. Sans doute il apprit notre langue, il connut quelques uns de nos vieux auteurs; mais il avait autre chose à faire que de se les rendre familiers. Les copies de ces longues narrations en vers, dénuées de poésie, n'étaient pas assez multipliées pour circuler si familièrement; et l'on ne trouvait pas alors un Pierre d'Anfol ou même un Rutebeuf, sur le comptoir d'un magasin, comme on y peut maintenant trouver un La Fontaine.