← Table of contents
Histoire littéraire d'Italie (3/9)

Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)

Reading edition

On trouve encore dans cette foule presque innombrable de docteurs et de professeurs, parmi les noms que quelque circonstance particulière peut engager à conserver, ceux de Barthélemy Soccino de Sienne, et de son antagoniste le célèbre Jason dal Maino; ils disputèrent souvent ensemble dans l'Université de Pise, et leurs combats firent tant de bruit, que Laurent de Médicis voulut en être témoin, et fit, un jour, exprès le voyage 807. Ce jour-là, les deux rivaux firent preuve égale de leur présence d'esprit, si ce n'est de leur bonne foi. Jason, pressé par son adversaire, imagina, pour lui échapper, d'inventer sur-le-champ un texte et de le citer à l'appui de son opinion. Soccino s'en aperçut, inventa aussitôt un texte contraire, et le cita en faveur de la sienne. «Je voudrais bien savoir, dit le premier, où tu as été prendre ce texte; c'est, répondit le second, tout auprès de celui que tu viens de citer toi-même.» Soccino était un homme d'un esprit mordant, joueur, libertin et prodigue; malgré les chaires lucratives qu'il remplit, et les ouvrages qu'il publia, il mourut pauvre 808, et ne laissa même pas de quoi se faire enterrer. Jason eut un caractère et une conduite tout-à-fait contraires. Sa vie fut régulière et honorée. Il fut chargé par les ducs de Milan de plusieurs missions d'éclat qu'il remplit avec dignité. Il reçut de l'empereur Maximilien, devant qui il avait prononcé un discours, le titre de comte Palatin; et de Louis Sforce, dit le Maure, celui de Patrice et la charge de sénateur. Quand Louis XII se rendit à Milan, après la prise de Gènes, la renommée de Jason lui inspira la curiosité de l'entendre. Le roi se rendit donc à l'Université avec une suite nombreuse, où se trouvaient cinq cardinaux; Jason récita une de ses leçons, dont Louis fut si satisfait, qu'il embrassa le professeur lorsqu'il descendit de sa chaire. Le roi s'entretint ensuite familièrement avec lui, et lui demanda, entre autres choses, pourquoi il ne s'était point marié; «c'est, répondit l'ambitieux Jason, afin que le pape puisse apprendre par le témoignage de V. M. que je ne suis pas indigne du chapeau de cardinal.» Paul Jove, en rapportant ce fait 809, dont il fut témoin, ne dit pas si le roi promit de lui rendre ce témoignage; ce qui est certain, c'est que Jason n'eut point le chapeau. On dit qu'il devint fou peu de temps avant sa mort 810, peut-être du chagrin de ne le pas avoir.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings