Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Si tout le reste était ainsi, il n'y aurait point de doute sur le mérite d'un recueil rempli de pièces aussi originales. Tel qu'il est, il faut qu'il en ait un réel pour avoir obtenu tant de suffrages, quoique le sage Tiraboschi lui ait refusé le sien. On trouve dans les vers de ce poëte, quand on se résout à les lire, des traits vifs et spirituels, dont il ne faut pas s'entêter à chercher la liaison ni la signification précise; on y trouve surtout une élégance et une pureté de langage qui charment les Florentins, et qu'un étranger même peut apercevoir, à mesure qu'il se familiarise davantage avec les idiotismes toscans: on peut enfin souscrire à ce jugement de l'un des derniers éditeurs: «Si la nouveauté des pensées, étranges sans doute, mais qui ont pourtant de la grâce quand on en pénètre le sens, si le naturel des expressions, la justesse des termes, la solidité des sentiments, la rareté des inventions, l'imitation des meilleurs modèles (qualités qui percent au travers d'une extravagance affectée dans ses vers), peuvent constituer un véritable poëte, il n'est personne qui puisse refuser ce titre à notre barbier florentin. Si l'on joint à tout cela un style plein de mots ou de proverbes cachés et mystérieux qui lui donnent une teinte originale, il faut répondre à ceux qui oseraient encore le mépriser, ce que disait le fameux peintre Apollodore au sujet de quelqu'un de ses ouvrages: il sera plus facile d'en rire que de l'imiter 695.»