Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
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Ils retrouvent bien la même incorrection avec peut-être encore plus de facilité, mais avec bien moins de génie, dans un poëte latin plus connu en France, et qu'on y appelle le Mantouan. Son nom était Baptiste, et il était de la famille Spagnuoli de Mantoue; mais, selon Paul Jove, il n'en était qu'un rejeton illégitime. Il se fit carme, fut général de son ordre; et, voyant qu'il ne pouvait y porter la réforme, chose en effet plus difficile que de faire des vers bons ou mauvais, il abdiqua au bout de trois ans, pour se livrer au repos dans sa patrie; mais ce fut au repos éternel qu'il parvint quelques mois après; il mourut en 1516, âgé de plus de quatre-vingts ans. La quantité de vers latins qu'il a faits est presque innombrable. Cette abondance en imposa, comme il arrive toujours, aux ignorants et au vulgaire. On le mit au-dessus de tous les poëtes de son temps; et parce qu'il était de Mantoue, comme Virgile, on ne manqua pas de le comparer à lui. Le savant Érasme lui-même, juge d'ailleurs si rigoureux, ne craignit pas de dire qu'il viendrait un temps où Baptiste ne serait pas mis beaucoup au-dessous de son ancien compatriote 648. Mais quelle comparaison peut-on faire entre ce modèle de perfection poétique et un versificateur lâche, diffus, irrégulier jusqu'à la plus excessive licence? Ce fut, dans sa jeunesse, une liberté supportable; mais ce penchant à se permettre et à se pardonner tout, augmentant avec l'âge, ce ne fut plus, vers la fin, qu'un débordement de méchants vers, où les règles mêmes les plus simples sont violées, et qu'il est impossible de lire sans dégoût et sans ennui. Ses ouvrages, imprimés d'abord séparément, ont été recueillis en trois volumes in-fol. 649, avec des commentaires fort amples, et ensuite en quatre volumes in-8. sans commentaires 650. Les principaux sont dix Églogues, presque toutes écrites dans sa première jeunesse; sept pièces en l'honneur d'autant de vierges inscrites sur le calendrier, à commencer par la vierge Marie: l'auteur donne à ces poëmes les titres de Parthenice Ia., Parthenice IIa., IIIa., IVa., etc.; quatre livres de Sylves ou de Poëmes sur divers sujets; des Élégies, des Épîtres, enfin des Poëmes de tout genre. Les défauts dont ils sont remplis n'empêchèrent pas qu'à la mort de ce poëte sa réputation ne fût encore intacte, qu'on ne lui fit des funérailles magnifiques, et que Frédéric de Gonzague, marquis de Mantoue, ne lui fit élever une statue de marbre couronnée de laurier, tout auprès de celle de Virgile.