Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
Jamais elle ne fut plus fertile que cette année 526. Les moindres bontés de Laure, et ses fréquentes sévérités, ses maladies, ses chagrins, les petites querelles qui peuvent exister entre deux amants qui se parlent à peine, tout dans cette imagination poétique, devenait un sujet pour ses vers. Un hommage public que reçut la beauté de Laure, lui en fournit un singulier. Charles de Luxembourg, qui fut peu de temps après l'empereur Charles IV, était à Avignon. Parmi les fêtes qu'on lui donna, il y eut un bal paré où l'on avait réuni toutes les beautés de la ville et de la province. Charles, qui avait beaucoup entendu parler de Laure, la chercha dans le bal, et l'ayant aperçue, il écarta, par un geste, toutes les autres dames, s'approcha d'elle et lui baisa les yeux et le front. Tout le monde applaudit, et Pétrarque, selon sa coutume, célébra cet événement par un sonnet 527. Il avoue, dans le dernier vers, que cet acte, un peu étrange, le remplit d'envie 528; le terme est doux, pour exprimer un sentiment qui ne devait pas l'être. Il fallait, on en conviendra, que l'illusion des priviléges du rang fût bien forte, pour qu'un amant pût prendre plaisir à voir un prince jeune et galant, imprimer un baiser sur le front et surtout sur les yeux de sa maîtresse!