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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

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«Je dis à mon guide: ô Poëte 50, je voudrais parler à ces deux ombres qui vont ensemble et paraissent voler si légèrement au gré du vent. Tu verras, me répondit-il, quand elles seront plus près de nous. Prie-les alors au nom de cet amour qui les conduit; elles viendront à toi. Aussitôt que le vent les amena vers nous, j'élevai la voix: Ames infortunées, venez nous parler, si rien ne vous arrête.--Telles que deux colombes, excitées par le désir, les ailes étendues et immobiles, viennent en traversant les airs au doux nid où la même volonté les appelle, telles ces deux ombres sortirent de la troupe où est Didon, et vinrent à nous à travers cet air malfaisant; tant le son de ma voix avait eu d'expression et de force!--O mortel bienfaisant et sensible, qui viens nous visiter dans ces épaisses ténèbres, nous qui avons teint la terre de notre sang, si le roi de l'univers pouvait nous être favorable, nous le prierions pour toi, puisque tu as pitié de nos maux. Ce que tu désires d'entendre et de nous dire, nous le dirons et nous l'entendrons volontiers, tandis que le vent se tait, comme il le fait en ce moment. Le pays où je suis née 51 est situé près de la mer, à l'endroit où le Pô descend pour s'y reposer avec les fleuves qui le suivent. L'amour, qui dans un cœur bien né s'allume si rapidement, enflamma celui-ci pour la beauté qui me fut bientôt ravie par un coup que je ressens encore. L'amour, qui ne dispense jamais d'aimer qui nous aime, m'inspira un désir si fort de ce qui pouvait lui plaire, qu'ici même, comme tu vois, ce désir ne me quitte pas. L'amour nous conduisit ensemble à la mort: le fond des enfers attend celui qui nous ôta la vie.--C'est ainsi que nous parla cette ombre malheureuse. En l'écoutant, je courbai la tête, et je la tins si long-temps baissée, que le Poëte me dit enfin: Que penses tu? Je lui répondis: Hélas! combien de douces pensées, combien de désirs ont conduit ces infortunés à leur fin douloureuse! Puis, je me retournai vers eux, et leur dis: Françoise, tes souffrances m'arrachent des larmes de tristesse et de pitié. Mais dis-moi: dans le temps de vos doux soupirs, à quoi et comment l'amour vous permit-il de connaître des désirs qui ne se déclaraient point encore?--Elle me répondit: Il n'est point de plus grande douleur que de se rappeler des temps heureux quand on est dans l'infortune; et ton maître ne l'ignore pas; mais si tu as si grand désir de connaître la première origine de notre amour, je ferai comme les malheureux qui parlent en versant des pleurs. Un jour nous prenions plaisir à lire, dans l'histoire de Lancelot, comment il fut enchaîné par l'amour. Nous étions seuls et sans défiance. Plus d'une fois cette lecture fit que nos yeux se cherchèrent, et que nous changeâmes de couleur; mais il vint un moment qui acheva notre défaite. Quand nous lûmes qu'un tel amant avait cueilli sur un doux sourire le baiser long-temps désiré; celui-ci, que rien ne séparera plus de moi, colla sur mes lèvres sa bouche tremblante: le livre et son auteur furent nos messagers d'amour, et ce jour-là nous n'en lûmes pas davantage.--Tandis que l'une de ces ombres parlait ainsi, l'autre soupirait si amèrement que la pitié me saisit, je défaillis, comme si j'eusse été près de mourir, et je tombai comme tombe un corps sans vie 52».

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