Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
Dans cette solitude profonde, pleine de ces beautés agrestes et sauvages qui ne plaisent qu'aux cœurs sensibles, il resta une année entière, seul, même sans domestiques, servi par un pauvre pêcheur, et seulement visité de temps en temps par ses plus intimes amis. L'évêque de Cavaillon, Philippe de Cabassole, fut bientôt du nombre; Vaucluse était dans son évêché; il y avait même une maison de campagne. C'était un homme distingué par ses talents et par l'étendue de ses connaissances; c'était, comme dit Pétrarque, un petit évêque et un grand homme 501. Ils étaient dignes l'un de l'autre; leur liaison ne tarda pas à devenir une étroite amitié. Pétrarque était appelé de temps en temps à Avignon, soit par quelques affaires, soit par ces impulsions secrètes qui nous ramènent souvent, à notre insu, aux lieux mêmes que nous voulons fuir. Laure qui l'aimait sans se l'avouer peut-être, et qui ne voulait pas le perdre, employait dans ces petits voyages toutes ces innocentes ruses, qui sont dit-on, le partage du sexe le plus faible, et qui lui donnent tant d'empire sur celui qui se dit le plus fort. C'étaient autant d'événements dans cette passion singulière qui n'en a point d'autres. Pétrarque de retour dans sa solitude, livré à des agitations toujours plus fortes, n'avait point de soulagement plus doux que d'épancher dans ses poésies touchantes les sentiments dont il était comme oppressé. Parmi celles de cette époque on distingue surtout ces trois célèbres canzoni sur les yeux de Laure, que les Italiens appellent les trois Sœurs, les trois Grâces, et dont ils ne parlent qu'avec un enthousiasme qui ne permet ni la critique, ni même en quelque sorte l'examen.