Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
Les poésies de Cino ont été imprimées à Rome en 1559 451, et réimprimées avec une seconde partie, trente ans après 452. Elles sont d'ailleurs insérées dans plusieurs recueils de poésies anciennes, publiés, soit avant, soit après ces éditions 453. Il est impossible de croire que Dante, qui a beaucoup loué ce poëte 454, et Pétrarque qui l'a loué peut-être encore davantage, qui l'avait choisi pour un de ses modèles, et qui a beaucoup emprunté de lui, et plusieurs critiques plus récents, qui lui ont aussi donné de grands éloges, se soient trompés, et que ce soit nous qui puissions en juger plus sainement aujourd'hui; mais il l'est aussi d'adopter sans restriction ces louanges; il nous est vraiment impossible de trouver, par exemple, le mérite d'un grand naturel et d'une extrême clarté 455 dans ce qui est aussi obscur et aussi recherché que la plupart de ces poésies, il l'est de ne pas reconnaître que les raffinements platoniques, auxquels on donne ce nom, sans qu'il soit possible de trouver dans Platon rien qui y ressemble, et les subtilités théologiques dont il serait plus facile d'y montrer l'influence, forment en quelque sorte tout le tissu du style dans les sonnets et dans les canzoni de Cino. Ce tissu est souvent si obscur et si délié en même temps, qu'on ne peut ni le pénétrer ni le saisir. Qui pourrait se flatter, par exemple, d'entendre le vrai sens de ce sonnet que je ne choisis pas, mais qui se présente le premier 456? «Ah! que ce serait une douce société si ma Dame, l'amour et la pitié étaient ensemble dans une amitié parfaite, selon la vertu que l'honneur désire! si l'un avait l'empire sur l'autre, et chacun cependant la liberté dans sa nature, en sorte que le cœur n'eût que par complaisance 457 l'apparence de l'humilité! si enfin je voyais cette union, et que j'en portasse la nouvelle à mon âme affligée! Vous l'entendriez alors chanter dans mon cœur, délivrée de la douleur qui s'est emparée d'elle, et qui, écoutant une pensée qui en parle, s'y jette en soupirant pour se reposer.» Cela est presque littéralement traduit; mais je n'ose me flatter que la traduction, toute inintelligible qu'elle est, le soit autant que le texte.