Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
Tandis que Dante interroge son maître et qu'il écoute ses réponses, la sombre campagne s'ébranle: cette terre baignée de larmes exhale un vent impétueux qui lance des éclairs d'une lumière sanglante 38. Le poëte perd tout sentiment; il tombe comme un homme accablé de sommeil. Un tonnerre éclatant le réveille 39; il se trouve de l'autre côté du fleuve, et sur le bord de l'abîme de douleurs, où retentit le bruit d'un nombre infini de supplices. Dans cette cavité obscure et profonde, l'œil a beau se fixer vers le fond, il n'y distingue rien; c'est le gouffre immense des Enfers où les deux poëtes vont descendre de cercle en cercle. Dans le premier qui fait le tour entier de l'abîme, il n'y a point de cris ni de larmes, mais seulement des soupirs dont l'air éternel retentit. Ce sont les limbes, où une foule innombrable d'enfants, d'hommes et de femmes, souffre une douleur sans martyre 40. Leur seul crime est d'avoir ignoré une religion qu'ils ne pouvaient connaître. Virgile, qui explique au Dante leur destinée, ajoute qu'il est lui-même de ce nombre; que, pour cette seule faute, ils sont perdus à jamais; mais que leur seul supplice est un désir sans espérance 41.