Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
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La cause apparente, ou le prétexte d'une mort si cruelle fut que, dans un livre sur la sphère 400, il avait écrit que, par le moyen de certains démons, qui habitaient la première sphère céleste, on pouvait faire des choses merveilleuses et des enchantements. C'était une folie et une sottise, mais assurément ce n'était pas un crime à punir par le feu. Les causes réelles et secrètes furent, à ce qu'il paraît, la haine et la jalousie d'un médecin fameux, nommé Dino del Garbo, et les violentes inimitiés que le malheureux Cecco excita contre lui, en parlant mal, dans un autre de ses ouvrages, de deux poëtes que les Florentins admiraient depuis leur mort après les avoir persécutés de leur vivant, Dante et Guido Cavalcanti. Guido était mort depuis vingt ans; Dante l'était depuis six ans lors de la sentence de Cecco. Ils avaient été liés autrefois, et même pendant les premiers temps de l'exil du Dante, ils avaient entretenu une correspondance d'amitié. On ignore ce qui les avait brouillés; mais dans un poëme fort bizarre, et ce qui est bien pis, fort plat et fort mauvais, intitulé, sans qu'on sache trop pourquoi, l'Acerba, Cecco parla mal du Dante et se moqua de son poëme 401. Il tourna aussi en ridicule 402 la fameuse canzone de Guido Cavalcanti sur l'amour 403. Que ces traits satiriques lui aient fait des ennemis dans une ville où la réputation de ces deux poëtes était alors dans un grand crédit, il n'y a rien là de bien étonnant, et cela pourrait arriver dans notre siècle tout aussi bien qu'au quatorzième. Mais nous n'avons pas aujourd'hui un tribunal où l'on puisse accuser d'hérésie et de magie l'écrivain qu'on veut perdre, ni des bûchers où l'on puisse le faire expirer à petit feu, en couvrant sa haine littéraire des intérêts du ciel: c'est la différence qu'il y a entre les deux siècles, et peut-être, selon quelques gens, cette différence n'est-elle pas en faveur du nôtre.