Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
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Les deux voyageurs s'avancent jusqu'au fleuve de l'Achéron, car Dante ne fait nulle difficulté de mêler ainsi l'ancien Enfer et le nouveau. Caron, pour plus de ressemblance, y passe les âmes dans sa barque. C'est un démon sous la figure d'un vieillard à barbe grise, mais qui a les yeux entourés d'un cercle de flammes, et ardents comme la braise. «Malheur à vous, âmes coupables, s'écrie-t-il en approchant du bord; n'espérez jamais voir le ciel: je viens pour vous mener à l'autre rive, dans les ténèbres éternelles, dans l'ardeur des feux et dans la glace 35». Il s'indigne de voir se présenter à lui une âme vivante, et veut la repousser. «Caron, lui dit Virgile avec un ton d'autorité, ne te mets pas en courroux; on le veut ainsi la ou l'on peut tout ce qu'on veut; ne demande rien de plus 36». Caron se tait; mais les âmes qui bordent le fleuve, nues et accablées de fatigue, changent de couleur à ses menaces, grincent des dents, blasphèment Dieu, leurs parents, l'espèce humaine, le lieu, le temps de leur génération et de leur naissance. Caron les prend chacune à leur tour, et frappe de sa rame celles qui sont trop lentes. «Comme on voit en automne les feuilles se détacher l'une après l'autre, jusqu'à ce que les branches aient rendu à la terre toutes leurs dépouilles, ainsi la malheureuse race d'Adam se jette du rivage dans la barque, aux ordres du nocher, comme un oiseau au signal de l'oiseleur 37». On reconnaît encore dans cette belle comparaison l'élève et l'imitateur de Virgile.