Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
J'ai beaucoup parlé des beautés de ce poëme, et fort peu de ses défauts. Ce n'est pas que je ne reconnaisse ceux que ses plus grands admirateurs en Italie même, ont avoués 364. Le plus grand, dans l'ensemble, est de manquer d'action, et par conséquent d'intérêt. Que Dante achève ou non son voyage, que sa vision aille jusqu'à la fin ou soit interrompue, c'est ce qui nous importe assez peu. Où manque une action principale, il n'y a de point d'appui que les épisodes, et un poëme tout en épisodes ne peut ni soutenir toujours l'attention, ni ne la pas fatiguer quelquefois. Le défaut le plus choquant dans les détails est peut-être ce mélange continuel, cet accozzamento, comme disent les Italiens, de l'antique avec le moderne, et de l'Histoire sainte, avec la Fable. L'obscurité habituelle en est un autre qui n'est pas moins importun. Cette obscurité est aussi souvent dans les choses que dans les mots; elle est dans le tour singulier, quelquefois dur et contraint des phrases, dans la hardiesse des figures, nous dirions en vieux langage, dans leur étrangeté. Un bon commentaire fait disparaître en partie les désagréments de ce défaut; mais lors même qu'avec ce secours et celui d'une longue étude, on est parvenu à se rendre familières la langue de l'auteur, ses illusions, ses hardiesses et la fréquente bizarrerie de ses tours, on l'entend, mais toujours avec quelque peine; et quand on a vaincu les difficultés, on n'est pas encore dispensé de la fatigue.