Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
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Au dessus de cette rose immense voltigeait l'innombrable milice des anges 358, comme un essaim d'abeilles, qui tantôt vont chercher des fleurs, et tantôt retournent au lieu où elles en parfument leurs travaux; ces anges descendaient sans cesse sur la rose, et de-là remontaient au séjour qu'habite éternellement l'objet de leur amour. Leur visage brillait comme la flamme; leurs ailes étaient d'or, et le reste de leur corps d'une blancheur qui effaçait celle de la neige. Quand ils descendaient sur la fleur, ils y portaient de siége en siége cette paix et cette ardeur qu'ils allaient puiser eux-mêmes en agitant leurs ailes. Le poëte, après avoir peint avec complaisance tous les détails de ce ravissant spectacle, exprime l'enchantement qu'il éprouve par ce rapprochement singulier, où il trouve encore à placer un trait contre son ingrate patrie. «Si les barbares venus des régions qui sont sous la constellation de l'Ourse, s'étonnèrent à l'aspect de Rome et de ses monuments, lorsque le Capitole dominait sur le reste du monde, moi qui avais passé de l'humain au divin, du temps à l'éternité, et de Florence chez un peuple juste et sensé 359, quelle fut la stupeur dont je dus être rempli?» Il se compare à un pélerin qui se délasse en regardant le temple où il est venu accomplir son vœu, et dont il espère déjà redire toutes les merveilles. Il promenait ses regards sur tous ces degrés lumineux, en haut, en bas, tout alentour. Il contemplait ces visages qui inspirent la charité, ornés de la lumière qu'ils empruntent et de leur propre joie, et sur lesquels respire tout ce qu'il y a de sentimens honnêtes 360. Dans le ravissement dont il est plein, il éprouve le besoin d'interroger Béatrix; il veut se tourner vers elle, et ne la trouve plus; mais à sa place un vieillard vénérable et tout rayonnant de gloire, qu'elle a chargé de le guider pendant le reste de son voyage. Elle est allée se replacer sur le siége de lumière qui lui était destiné au troisième rang des âmes heureuses. Dante l'y voit de loin, brillante d'un nouvel éclat et couverte des rayons de la divinité, qu'elle réfléchit tout autour d'elle. De la plus haute région où se forme le tonnerre, quand un œil mortel plonge sur les mers, il ne parcourt point une distance égale à celle qui sépare de Béatrix les yeux de celui qui la regarde; mais il ne perd rien de sa beauté, parce qu'aucun milieu n'intercepte ou n'altère son image. Il lui adresse enfin, et les plus vives actions de grâce pour le soin qu'elle a pris de le ramener, par des voies si extraordinaires, de l'esclavage à la liberté, et la prière la plus ardente pour qu'elle conserve en lui, jusqu'à son dernier moment, les magnifiques dons qu'elle lui a faits. Béatrix, dans l'immense éloignement où elle est placée, le regarde, lui sourit, et se retourne vers la source de l'éternelle lumière.