Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
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Le séjour de ces âmes dans la dernière des planètes, quoique leurs mérites ne pussent être diminués par la violence qui avait rompu leurs vœux, embarrassait le Dante: il avait encore d'autres doutes qu'il n'osait exposer à Béatrix. Il ne sait s'il doit se blâmer ou se louer de son silence involontaire. Il peint l'incertitude qui l'y avait forcé par trois comparaisons communes 283, mais qu'il exprime, à son ordinaire, avec beaucoup de précision et de grâce. «Entre deux mets placés à égale distance, et également faits pour le tenter, un homme libre mourrait de faim ayant de porter la dent sur l'un des deux: ainsi un agneau serait arrêté par une crainte égale entre deux loups affamés; ainsi un chien de chasse s'arrêterait entre deux daims.» Mais son désir de s'instruire était si vivement exprimé sur son visage, que Béatrix le devine, en pénètre l'objet, et va au-devant de ses demandes par des explications sur les places graduelles que les bienheureux occupent dans le ciel, sans qu'il y ait entre eux différentes mesures de félicité, et ensuite sur la violence qu'on peut faire à la volonté, sur la volonté absolue, et sur la volonté mixte, enfin sur les diverses causes qui peuvent faire que des vœux soient rompus sans crime 284. Elle s'élève ensuite au ciel de Mercure, et y entraîne Dante avec elle. La joie qu'elle témoigne en y arrivant est si vive, que la planète en redouble d'éclat. Si un astre changea ainsi et prit une face riante, que devint donc le poëte, demande-t-il lui-même, lui qui de sa nature est si mobile et si prompt à changer au gré de tous les objets?