Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
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Dans le dernier cercle où nos poëtes sont parvenus, des flammes ardentes s'élèvent de toutes parts; à peine, entre elles et le bord du précipice, peuvent-ils trouver un passage. Des chants qui partent du sein même de ces flammes, en faisant l'éloge de la chasteté, et en rappelant d'anciens exemples de cette vertu 249, leur apprennent que c'est ici qu'est puni le vice contraire. Parmi ceux qui en furent atteints, et dont le poëte distingue les différentes espèces plus clairement que je ne le puis faire 250, Dante reconnaît Guido Guinizzelli, qui l'avait précédé dans la carrière poétique, et dont il admirait les vers. Il n'ose approcher de lui pour l'embrasser, à cause des flammes qui l'environnent; mais il regarde avec attendrissement celui qu'il nomme son père, et le père d'autres poëtes meilleurs que lui, qui leur apprit à chanter avec douceur et avec grâce des poésies d'amour. Guido, surpris de tant de marques de respect et de tendresse, lui en demande la cause. Ce sont, répond le Dante, vos doux écrits, qu'on ne cessera d'aimer tant que durera le style moderne 251. Guido, sensible à ses éloges, mais peut-être plus modeste en Purgatoire qu'il ne l'était dans ce monde, lui montre un autre poëte qu'il dit les mériter mieux: c'est Arnault Daniel, troubadour provençal, qui surpassa tous les écrits d'amour en vers, et tous les romans en prose 252. Ceci indique clairement l'influence qu'avaient eue les Troubadours sur la poésie italienne, dans ses premiers temps, et l'admiration que Dante conservait pour eux à une époque où c'était bien de lui qu'on pouvait dire qu'il les avait surpassés tous. Il les aurait égalés dans leur propre langue; aussi met-il dans la bouche d'Arnault une réponse en huit vers provençaux, que ce Troubadour finit en le suppliant de se souvenir de sa douleur; c'est-à-dire, de faire pour lui des prières qui la terminent: Arnault rentre ensuite dans les flammes qui le dérobent à la vue, comme Guido y est rentré, après avoir fait la même demande.