Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
Il est enfin rendu à lui-même, et retiré comme d'un songe par l'éclat d'une lumière plus vive que toutes celles dont il avait été frappé. C'est encore un ange qui lui enseigne le chemin par où il doit monter au cercle supérieur. Il y monte avec Virgile. Ce cercle est celui des paresseux. Ici Dante se fait donner par son maître une longue explication métaphysique sur l'amour, passion de la nature toujours bonne en soi, et sur l'amour, passion de notre volonté, qui, selon qu'elle est bien ou mal dirigée, fait naître en nous des affections haineuses ou des affections aimantes. Les affections haineuses sont expiées dans les trois premiers cercles que nous avons parcourus: la négligence à poursuivre les effets des affections aimantes l'est dans le quatrième, où nous sommes; et ces affections poussées à l'excès deviennent des vices qui sont punis dans les trois cercles supérieurs qui nous restent à parcourir. Cette dissertation interrompue est reprise une seconde fois 218; Dante s'explique, par la bouche de Virgile, en philosophe instruit de la doctrine platonique sur l'amour. Son langage est celui de l'école; on peut regretter qu'il ne soit pas plutôt celui du cœur. Virgile mêle à ses explications quelques nouvelles solutions sur le libre arbitre; et toujours il renvoie à Béatrix (c'est-à-dire, sous ce nom si cher, à la Théologie personnifiée) les dernières réponses que l'on peut faire sur cette grande question. Une foule d'ombres vient briser ce long entretien. Elles courent, comme les Thébains couraient pendant la nuit, le long de l'Asopus et de l'Ismène, en cherchant le dieu Bacchus. Elles s'excitent l'une l'autre dans leur course, en rappelant à haute voix des exemples tirés de l'Histoire sainte et de l'Histoire profane, où la célérité de l'action en décida le succès 219. Quand cette espèce de tourbillon s'est dissipé 220, le poëte est encore saisi par le sommeil, et son imagination lui offre un nouveau songe.