Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
De là il s'élève à des idées politiques, à la nécessité des lois et à celle d'un chef habile qui sache régir la cité. C'est encore le Gibelin qui parle ici autant que le poëte. «Les lois existent, dit-il, mais qui les exécute? personne: parce que le pasteur qui marche à la tête du troupeau peut être sage, mais manque de vigueur; parce que la multitude qui voit son chef poursuivre les biens dont elle est si avide, s'en nourrit elle-même et ne demande rien de plus. C'est parce qu'il est mal gouverné que le monde est devenu si coupable, ce n'est point que de sa nature il soit nécessairement corrompu 214. Rome, qui a régénéré le monde, avait autrefois deux soleils qui éclairaient l'une et l'autre voie, celle du monde et celle de Dieu. L'un des deux a éteint l'autre; l'épée a été jointe au bâton pastoral, et ils vont inévitablement mal ensemble, parce qu'étant réunis, l'un n'a plus rien à craindre de l'autre. Si tu ne me crois pas, vois en les fruits: c'est au grain que l'on connaît l'herbe». On voit que Dante revient toujours à son système de division des deux pouvoirs; que toujours il attribue le pouvoir spirituel aux papes, le temporel aux empereurs, et tous les maux de l'Italie et du monde à la confusion impolitique des deux puissances dans une seule main.