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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

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Le Jongleur qui va en Enfer le prouve mieux encore 14. Ce jongleur y est emporté après sa mort par un petit diable encore novice. Lucifer, assis sur son trône passe en revue ceux que chacun des diables lui apporte, prêtres, évêques, abbés, et moines, et les fait jeter dans sa chaudière. Il charge le jongleur d'entretenir le feu qui la fait bouillir. Un jour qu'avec tous ses suppôts il va faire une battue générale sur la terre, saint Pierre, qui guettait ce moment, se déguise, prend une longue barbe noire et des moustaches, descend en enfer, et propose au jongleur une partie de dez. Il lui montre une bourse remplie d'or. Le jongleur voudrait jouer; mais il n'a pas le sou. Pierre l'engage à jouer des âmes contre son or. Après quelque résistance, la passion du jeu l'emporte; il joue quelques damnés, les perd, double, triple son jeu, perd toujours, se fâche contre Pierre, qui continue de jouer avec le même bonheur; car, dit l'auteur, heureusement pour les damnés, leur sort était entre les mains d'un homme à miracles. Enfin, dans un grand va-tout, le jongleur perd toute sa chaudière, larrons, moines, catins, chevaliers, prêtres et vilains, chanoines et chanoinesses; Pierre s'en empare lestement, et part avec eux pour le Paradis 15. Voilà sans doute un beau miracle, et pour des malheureux damnés un joli moyen de salut! C'est se moquer que de croire qu'un esprit aussi grave que celui de Dante ait pu s'arrêter un instant à de pareilles balivernes; les auteurs italiens qui l'ont pensé ne connaissaient vraisemblablement de ces Fabliaux que les titres.

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