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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

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Cette effrayante et terrible scène doit rendre languissant et faible tout ce que l'Enfer même peut encore offrir. On se soucie peu d'un Alberic 162 qui avait fait massacrer tous ses parents dans un repas où ils étaient ses convives, et de quelques autres misérables plongés dans la glace, la tête renversée, et les larmes gelées et amoncelées dans les yeux. On regrette que Dante ne l'ait pas senti, et n'ait pas vu que du moment où il avait fait parler Ugolin au fond du gouffre, il n'avait rien de mieux à faire que d'en sortir. Il n'y reste pas long-temps. Entré dans la quatrième et dernière division de ce dernier cercle, où sont punis les traîtres les plus coupables, il voit flotter l'étendard du prince des Enfers 163. Il aperçoit, en traversant cet espace, les damnés qui le remplissent, couverts d'une glace transparente, dans diverses attitudes, et comme des objets conservés dans du verre. Tout se tait. Après l'agitation bruyante des autres cercles, il ne restait peut-être plus, pour frapper l'imagination, et pour lui faire concevoir le dernier excès de la douleur, d'autre moyen que le silence. Au centre, règne Lucifer, enfoncé jusqu'aux reins dans la glace. Sa taille plus que gigantesque, son épouvantable difformité, sont peintes des traits les plus forts qu'ait pu tracer le poëte. Cela dut faire une grande sensation de son temps, où le seul ressort de la morale était la crainte, où celui de la crainte était le diable, et où chacun s'étudiait à donner au diable tout ce qui pouvait inspirer le plus d'effroi. Aujourd'hui cela perd tout son effet, et rien de plus froid qu'une peinture terrible qui n'inspire point de terreur.

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