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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

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«Déjà ils étaient éveillés; l'heure approchait où l'on apportait notre nourriture, et chacun de nous, à cause de son rêve, doutait de la recevoir. J'entendis qu'on fermait la porte au bas de l'horrible tour. Alors je regardai mes fils sans dire une parole. Je ne pleurais point; je me sentais en dedans pétrifié. Ils pleuraient, eux; et mon petit Anselme me dit: Comme tu nous regardes, mon père! qu'as-tu? Je ne pleurai point encore; je ne répondis point pendant tout ce jour, ni la nuit suivante, jusqu'au retour du soleil. Lorsque quelques rayons pénétrèrent dans cette prison douloureuse, et que je vis sur quatre visages les propres traits du mien, transporté de douleur, je me mordis les deux mains. Eux, pensant que j'y étais poussé par la faim, se levèrent tout à coup, et me dirent: Mon père 161, nous souffrirons beaucoup moins, si tu veux te nourrir de nous. Tu nous as revêtus de ces chairs misérables; dépouille-nous-en aussi. Alors je me calmai, pour ne pas augmenter leur peine. Ce jour et le suivant nous restâmes tous en silence. O terre impitoyable! pourquoi ne t'ouvris-tu pas? Quand nous fûmes parvenus au quatrième jour, Gaddi se jeta étendu à mes pieds, en me disant: Mon père, que ne viens-tu me secourir? et il mourut; et je vis, comme tu me vois, les trois qui restaient tomber ainsi l'un après l'autre, du cinquième au sixième jour. Je me mis alors à me traîner en aveugle sur chacun d'eux, et je ne cessai de les appeler trois jours entiers après leur mort. La faim acheva ensuite ce que n'avait pu la douleur.--Quand il eût dit ces mots, roulant les yeux, il reprit entre ses dents le malheureux crâne, et comme un chien dévorant, il les y enfonça jusqu'aux os.»

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