Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
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L'invention est la première des qualités poétiques: le premier rang parmi les poëtes est unanimement accordé aux inventeurs. Mais en convenant de cette vérité, est-on toujours bien sûr de s'entendre? La poésie a été cultivée dans toutes les langues. Toutes ont eu de grands poëtes; quels sont parmi eux les véritables inventeurs? Quels sont ceux qui ont créé de nouvelles machines poétiques, fait mouvoir de nouveaux ressorts, ouvert à l'imagination un nouveau champ, et frayé des routes nouvelles? A la tête des anciens, Homère se présente le premier, et si loin devant tous les autres, qu'on peut dire même qu'il se présente seul. Dans l'antiquité grecque, il eut des imitateurs, et n'eut point de rivaux. Il n'en eut point dans l'antiquité latine, si l'on excepte un seul poëte, qui encore emprunta de lui les agents supérieurs de sa fable et les ressorts de son merveilleux. La poésie, jusqu'à l'extinction totale des lettres, vécut des inventions mythologiques d'Homère, et n'y ajouta presque rien. A la renaissance des études, elle balbutia quelque temps, n'osant en quelque sorte rien inventer, parce qu'elle n'avait pas une langue pour exprimer ses inventions. Dante parut enfin; il parut vingt-deux siècles après Homère 1; et le premier depuis ce créateur de la poésie antique, il créa une nouvelle machine poétique, une poésie nouvelle. Il n'y a sans doute aucune comparaison à faire entre l'Iliade et la Divina Commedia; mais c'est précisément parce qu'il n'y a aucun rapport entre les deux poëmes qu'il y en a un grand entre les deux poëtes, celui de l'invention poétique et du génie créateur. Un parallèle entre eux serait le sujet d'un ouvrage; et ce n'est point cet ouvrage que je veux faire. Je me bornerai à les observer comme inventeurs, ou plutôt à considérer de quels éléments se composèrent leurs inventions.