Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,
Reading edition
La cohorte se met en marche, cela rappelle au Dante des idées militaires, et pour ainsi dire bruyantes: sa poésie devient pompeuse et bruyante comme elles. «J'ai vu, dit-il 118, des cavaliers marcher en bataille, ou commencer l'attaque, ou passer en revue, et quelquefois battre en retraite; j'ai vu, ô gens d'Arezzo, des troupes légères insulter votre territoire et y faire des expéditions rapides: j'ai vu des tournois et des joutes guerrières, tantôt au son des trompettes, ou au son des cloches portées sur des chars, tantôt au bruit des tambours, ou signal donné par les châteaux avec des instruments, soit de notre pays, soit des nations étrangères; mais je n'ai jamais vu marcher au son d'instruments si bizarres ni cavaliers ni piétons; on n'entendit jamais un pareil bruit sur un vaisseau quand on signale la terre ou les étoiles». C'est dans cet appareil qu'ils côtoyent l'étang de poix bouillante ou les prévaricateurs sont plongés. Il se passe entre les damnés et les diables des scènes horribles et ridicules. Ces diables, quand ils sont en gaîté ne sont pas de trop bons plaisants. C'est, à ce qu'il paraît, quelqu'une de ces farces grossières qu'on représentait alors devant le peuple, et où l'on mettait aux prises de pauvres âmes avec des diables armés de tisons et de fourches (spectacles un peu différents de ceux qui amusaient les loisirs, élevaient et anoblissaient les sentiments et les pensées des anciens peuples), c'est quelqu'une de ces représentations fanatiques et burlesques, qui aura donné au Dante l'idée de cette espèce de comédie dans l'Enfer. L'action en est vive, pétulante, mais elle ne produit rien que de triste et de rebutant pour le goût. Plus on reconnaît le poëte dans quelques comparaisons et dans quelques détails, plus on regrette de voir la poésie employée à un tel usage. Un Navarrois 119, favori du bon roi Thibault, comte de Champagne, et un moine de Gallura en Sardaigne 120, tourmentés pour le trafic honteux qu'ils firent sur la terre, ne sont pas des morts assez connus pour donner le moindre intérêt à ces détails.