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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

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Un autre pont le conduit à la cinquième vallée 113, où sont jetés dans de la poix brûlante ceux qui ont fait un mauvais trafic et prévariqué dans leurs emplois. Ici se trouve cette comparaison justement vantée où il emploie poétiquement et en très-beaux vers, dans la description de l'arsenal de Venise, un grand nombre d'expressions techniques. «Telle que dans l'arsenal des Vénitiens, on voit pendant l'hiver bouillir la poix tenace destinée à radouber leurs vaisseaux endommagés 114, et hors d'état de tenir la mer; l'un remet à neuf son navire, l'autre calfeutre les flancs de celui qui a fait plusieurs voyages: l'un retravaille la proue, l'autre la poupe: celui-ci fait des rames, celui-là tourne des cordages, un autre raccommode ou la misaine ou l'artimon; telle bouillait dans ces profondeurs, non par l'ardeur du feu, mais par un effet du pouvoir divin, une poix épaisse et gluante, qui de toutes parts en enduisait les bords». Un diable noir, accourt les ailes ouvertes, saute légèrement de rochers en rochers, et vient jeter dans cette fosse un des Anciens de la république de Lucques, ville où, s'il faut en croire le Dante, il était si commun de trafiquer des emplois publics, que personne n'y était exempt de ce vice 115. Le damné va au fond, et revient à la surface; mais tous les diables se moquent de lui; il n'y a point là, lui disent-ils, de sainte Face 116, comme à Lucques, pour le défendre; et quand il veut s'élever au-dessus de la poix bouillante, ils l'y replongent avec de longs crocs dont ils sont armés. Lorsque les voyageurs vont pour passer dans la vallée suivante, une foule de ces diables armés de crocs se poste au bas du pont pour les arrêter. Ici commence un long épisode où les diables trompent d'abord les deux poëtes, leur font prendre un détour, sous prétexte que le pont est rompu, et s'offrent à les conduire vers une autre arcade. Le chef de cette troupe leur donne pour escorte dix des diables qui la composent, et les désigne tous par leurs noms. Ces noms sont de la façon du poëte. Ce sont Alichino, Calcabrina, Cagnazzo, Barbariccia, Libicocco, ainsi des autres. Beau sujet à commentaires que de chercher à savoir où il les avait pris, et le sens qu'il y attachait. Les interprètes n'y ont pas manqué, et le résultat est qu'aucun d'eux n'a pu y rien entendre 117.

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