Note 9 — Par P.L. GINGUENÉ,
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Note 9: (retour) On nous a donné dans le Publiciste, 30 juillet 1809, des renseignements sur l'origine du poëme du Dante, tirés d'un journal allemand intitulé Morgenblatt, d'après lesquels ce serait dans une source très-différente que le Dante aurait puisé. On y annonce qu'un abbé du Mont-Cassin, nommé Joseph Costanzo, a récemment découvert qu'un certain Albéric, moine du même monastère, eut une vision qu'il eut soin d'écrire, et pendant laquelle il se crut conduit par saint Pierre, assisté de deux anges et d'une colombe, en Enfer et en Purgatoire, d'où il fut transporté dans les sept cieux et dans le Paradis. D'autres documents, dit-on, prouvent que cet Albéric fut reçu moine au Mont-Cassin en 1123, par l'abbé Gerardo, et que, par ordre d'un autre abbé, un diacre alors célèbre sous le nom de Paolo rédigea de nouveau la vision d'Albéric. On ajoute que le manuscrit du diacre Paolo existe, et que sa date ne peut tomber qu'entre les années 1159 et 1181. Albéric, qu'il ne faut pas confondre avec un autre Albéric, son contemporain, aussi moine du Mont-Cassin, et de plus cardinal, a comme lui un article dans les Scrittori Italiani du comte Mazzuchelli. On y trouve tous ces faits, si ce n'est qu'au lieu d'un nommé Paul, c'est un nommé Pierre diacre, qui retoucha la vision d'Albéric. C'est de celui-ci que la chronique d'Ostie dit positivement: Visionem Alberici monaci Cassinensis corruptam emendavit. Pierre diacre n'est pas tout-à-fait inconnu dans l'histoire littéraire de ce temps: il est auteur du livre De Viris illustribus Cassinensibus, cité dans le même article du Publiciste, et qui a été publié, avec de savantes notes, par l'abbé Mari. Enfin, selon Mazzuchelli, il existe un exemplaire du livre d'Albéric, De visione sua, dans la Bibliothèque de la Sapience à Rome. Le père Joseph Costanzo n'a donc pas eu beaucoup de peine à faire sa découverte: il faudrait avoir sous les yeux l'ouvrage dans lequel il l'annonce, et qui paraît avoir été publié à Rome au commencement de ce siècle; ne l'ayant pas, ne connaissant tous ces faits que par un journal français qui les a tirés d'un journal allemand, qui les tirait lui-même d'une lettre écrite par un professeur italien, on doit s'abstenir de juger. Le journaliste français, le seul que je puisse citer, allègue plusieurs ressemblances entre la vision d'Albéric et le poëme du Dante: il y en a de frappantes; je ne sais seulement où il a pu voir que l'aigle qui transporte le poëte aux portes du Purgatoire est une colombe chez le moine. Il n'est pas du tout question d'aigle dans le passage que fait le Dante de l'Enfer au Purgatoire, et il arrive à cette seconde partie de son voyage par de tout autres moyens. Je n'ai jamais vu non plus de forêt dans le vingt-troisième chant de l'Enfer. Mais, demandera-t-on, comment le Dante eut-il connaissance de cette vision pour l'imiter? La notice répond que l'on conserve à Florence, dans la Bibliothèque Laurentienne, un manuscrit du Dante enrichi de notes par le savant Bandini; que d'après ces notes, le Dante avait fait deux fois le voyage de Naples avant son exil, et que dans ces voyages il dut entendre parler de la vision d'Albéric, qui était sans doute connue dans le pays, puisque des artistes en empruntaient des sujets de tableaux, comme le prouve un vieux tableau situé, dit-on, dans l'église de Frossa. Il est même vraisemblable que cette vision lui fut communiquée à l'abbaye même du Mont-Cassin, car on trouve dans le vingt-deuxième chant de son poëme un passage qui prouve qu'il la visita. J'ignore si cette conjecture est due au chanoine Bandini, ou à l'auteur italien de la lettre, ou à celui du journal allemand ou enfin au journaliste français; mais ce qu'il y a de certain, c'est que, dans le vingt-deuxième chant de l'Enfer, il n'y a rien et ne peut rien y avoir qui ait rapport à une visite au Mont-Cassin. Quant au double voyage à Naples, ce serait un fait d'autant plus intéressant à éclaircir, qu'il n'en est rien dit dans aucune des Vies du Dante publiées jusqu'à présent, depuis celle qu'écrivit Boccace qui avait séjourné lui-même assez long-temps à Naples et qui n'aurait pu ignorer ce voyage, jusqu'aux excellents Mémoires de Pelli, qui a mis tant de soin et une critique si éclairée dans ses recherches. L'autorité de Bandini est très-respectable, mais il faudrait voir soi-même les notes de lui que l'on cite, ou en avoir une copie authentique. Ce fait vaut la peine d'être vérifié, et j'espère qu'il le sera.