← Table of contents
Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

Reading edition

Dante, qui ne peut ni s'arrêter ni descendre auprès de Brunetto, marche courbé vers lui pour l'entendre, dans l'attitude du respect. «Si tu suis ta destinée, lui dit son ancien maître 90, tu ne peux qu'arriver glorieusement au port. Je m'en suis convaincu quand je jouissais de la vie; et si je n'étais mort avant le temps, voyant que le ciel t'avait si heureusement doué, je t'aurais encouragé à suivre ta carrière. Un peuple ingrat et méchant paiera tes bienfaits de sa haine, et cela est juste, car des fruits doux ne peuvent prospérer parmi des arbustes sauvages. Peuple avare, envieux et superbe! Ô mon fils, ne te laisse jamais souiller par ses mœurs. La Fortune te réserve l'honneur d'être appelé par les deux partis; mais tu t'éloigneras de tous deux». Dante lui répond toujours avec la même tendresse. «Si mes vœux étaient accomplis, vous ne seriez point encore banni du sein de la Nature humaine; je conserve empreinte dans mon cœur, et je contemple en ce moment avec tristesse votre bonne et chère image, et cet air paternel que vous aviez dans le monde quand vous m'enseigniez chaque jour comment l'homme peut se rendre immortel. Tandis que je vivrai, je veux que ma langue exprime la reconnaissance que je vous dois». Il n'y a rien dans aucun poëme de plus profondément senti, ni de mieux exprimé. Si l'on reconnaît, dans ce qui précède cette belle réponse, le ressentiment que le Dante conservait contre son ingrate patrie, on reconnaît aussi dans cette réponse même que son âme s'ouvrait facilement aux affections douces, et que son style se pliait naturellement à les rendre. Ce poëte terrible est, toutes les fois que son sujet le comporte ou l'exige, le poëte le plus sensible et le plus touchant 91.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings