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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ,

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Le centaure transporte ensuite les deux poëtes sur sa croupe de l'autre côté du fleuve, où ils trouvent un bois épais qui n'est percé d'aucune route, planté d'arbres à feuilles noires, dont les branches tortueuses portent au lieu de fruits, des épines et des poisons 83. Les harpies, dont notre poëte trace le hideux portrait d'après celui qu'en a fait Virgile, habitent ce bois affreux; il entend de toutes parts des gémissements, et ne voit point ceux qui les poussent. Son maître lui dit d'arracher une branche de quelqu'un de ces arbres; au moment où il lui obéit, une voix sort du tronc de l'arbre, et s'écrie: Pourquoi m'arraches-tu? Un sang noir coule de la branche, et la voix continue: Pourquoi me déchires-tu? n'as-tu donc aucun sentiment de pitié? Nous fûmes autrefois des hommes, et nous sommes devenus des arbres; ta main devrait être moins cruelle, quand nos âmes eussent animé des serpents 84». Cette fiction est, comme on voit, imitée de Virgile, et le fut ensuite par le Tasse. Le poëte continue: «Comme un tison de bois vert brûlé par un de ses bouts gémit par l'autre, lorsque l'air s'en échappe avec bruit, ainsi des paroles et du sang sortaient à la fois de ce tronc d'arbre. Dante laisse tomber sa branche, et reste comme un homme frappé de crainte. «Je suis, reprend l'arbre, celui qui possédait le cœur et toute la confiance de Frédéric. La vile courtisane qui ne détourna jamais ses yeux lascifs de la cour de César, la peste commune et le vice de toutes les cours 85, enflamma contre moi des âmes envieuses qui enflammèrent celle de l'empereur. Mes honneurs furent changés en deuil. Je voulus échapper par la mort à l'infortune; ami de la justice, je fus injuste envers moi. Je le jure par les racines de ce tronc que j'habite; je ne manquai jamais à la foi que je devais à mon maître. Si quelqu'un de vous retourne sur la terre, je le conjure de prendre soin de ma mémoire encore abattue sous les coups que lui porta l'envie». On reconnaît ici Pierre des Vignes, chancelier de Frédéric II 86. Ce bois est donc le lieu où sont punies les âmes des suicides ou de ceux qui ont été violents envers eux-mêmes. Celle du malheureux chancelier explique aux deux poëtes d'une manière curieuse, mais qu'il serait trop long de rapporter, comment elles y sont précipités, et ce qu'elles feront de leurs corps après le dernier jugement. D'autres suicides moins célèbres, mais qui l'étaient peut-être alors, occupent avec moins d'intérêt le reste de cette scène.

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