Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
L'hiver suivant, Boccace fit un voyage à Milan, tout exprès pour le voir 568. Plusieurs jours s'écoulèrent pour eux dans de doux entretiens, et ils ne se séparèrent qu'à regret. Pétrarque avait donné à son ami un exemplaire de ses églogues latines, écrit de sa main. Boccace, de retour à Florence, lui en envoya un du poëme de Dante, qu'il avait aussi copié de la sienne 569. Pétrarque n'avait pas ce poëme dans sa bibliothèque, et cela pouvait accréditer l'opinion qu'il était jaloux de son auteur. Boccace avait joint à cette copie, de très-grands éloges du Dante. Il s'en justifiait en quelque sorte, en lui écrivant que ce poëte avait été son premier maître, la première lumière qui avait éclairé son esprit. La réponse de Pétrarque est très-curieuse 570. On y voit, que s'il n'était pas positivement jaloux du Dante, la réputation de ce grand poëte lui portait cependant quelque ombrage. Il attribue le peu d'empressement qu'il avait montré pour son poëme, au projet qu'il avait eu, dès sa jeunesse, d'écrire aussi en langue vulgaire, et à la crainte de devenir plagiaire ou copiste sans le vouloir. On voit clairement par les expressions dont il se sert qu'il ne lui accordait de supériorité que dans cette langue vulgaire, dont il croyait la vogue peu durable; qu'il ne regardait pas comme un objet d'envie, un homme qui avait fait sa principale et peut-être son unique occupation de ce qui n'avait été pour lui qu'un jeu et un essai de son esprit; que lui-même faisait alors très-peu de cas de ce qu'il avait écrit dans cette langue, et qu'il fondait pour l'avenir sa renommée sur des titres qu'il regardait comme plus solides; mais dont le temps, qui fait la destinée des langues et des ouvrages, a tout autrement décidé.