Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)
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Pétrarque pleurait depuis deux mois la mort de Laure, quand une autre perte douloureuse lui fit verser de nouvelles larmes. Le cardinal Colonne, son protecteur et son ami, mourut à Avignon 535, soit de la peste, qui emporta cette année cinq cardinaux, soit des suites du profond chagrin que lui donna la catastrophe ou sa famille presque entière avait péri. De toute cette famille, peu de temps auparavant si nombreuse et si puissante, il ne restait donc plus que le vieux Étienne Colonne. Ainsi se vérifia une prédiction singulière de ce vieillard, dont Pétrarque nous a conservé le souvenir. Plus de dix ans auparavant, Étienne s'entretenait librement avec lui à Rome, sur ses affaires domestiques, sur les guerres dans lesquelles il s'était engagé avec les Ursins, et qui pouvaient être, après sa mort, pour sa famille, un héritage de haines, de querelles et de dangers. Après s'être expliqué franchement sur tous les autres points: «Quant à ma succession, ajouta-t-il, en regardant fixement Pétrarque, et les yeux mouillés de larmes, je voudrais, je devrais en laisser une à mes enfants; mais les destins en ont disposé autrement. Par un renversement de l'ordre de la nature, que je ne saurais trop déplorer, c'est moi, c'est ce vieillard décrépit que vous voyez, qui héritera de tous ses enfants 536.» Il ne leur survécut pas de beaucoup, et mourut lui-même peu de temps après.