Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Ces idées d'une éternelle vie acquise par la perte d'une vie fragile et d'une âme qui jouit, dégagée de sa dépouille mortelle, reviennent souvent dans cette partie des poésies de Pétrarque. La croyance y venait en quelque sorte au secours du sentiment. Quoique l'on sente souvent dans le style et dans les pensées de la première partie l'influence des idées et du langage religieux, on la sent encore beaucoup plus dans la seconde; et il est surprenant que l'auteur du Génie du Christianisme, qui a vu souvent cette influence où elle n'était pas, ne l'ait pas aperçue et développée dans celui des poëtes modernes où elle est si générale et si visible. Cette même idée termine encore heureusement ce sonnet touchant et poétique. «Si j'entends se plaindre les oiseaux 693, ou s'agiter doucement le vert feuillage au souffle du zéphyr, ou murmurer avec bruit des eaux limpides qui baignent une rive fraîche et fleurie, où je me suis assis pour penser à l'amour et pour écrire mes pensées, je vois, j'entends, j'écoute celle que le ciel ne fit que montrer, que la terre nous cache, et qui, de si loin, comme si elle était encore vivante, répond à mes soupirs. Eh! pourquoi te consumer avant le temps? me dit-elle avec une douce pitié. Pourquoi tes tristes yeux versent-ils un fleuve de larmes? Ne pleure pas sur moi: la mort m'a procuré des jours sans fin; et quand je parus fermer les yeux, je les ouvris à l'éternelle lumière.»