← Table of contents
Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)

Reading edition

Tels sont les incidents des amours de notre poëte pendant leur première époque; tels sont les petits détails qu'il sut embellir des couleurs d'une poésie élégante et ingénieuse; et l'on voit que cela ne ressemble guère aux amours des trois poëtes romains. Après qu'il fut revenu d'Italie, où il avait compté se fixer, Laure, qui avait craint de le perdre, et pour qui sans doute il en avait plus de prix, le traite mieux qu'elle n'avait fait encore. Une rencontre dans un lieu public où il était occupé d'elle, un doux regard, un salut obligeant, quelques mots qu'il ne peut entendre, le transportent de tant de joie, qu'il ne lui faut pas moins de trois sonnets pour l'exprimer 667. Mais cette faveur dure peu: il recommence bientôt à souffrir et à se plaindre. Le bon Sennuccio est toujours son confident le plus intime; c'est à lui qu'il adresse cette vive peinture de ses tristes alternatives et de ses anxiétés 668. «Sennuccio, je veux que tu saches de quelle manière on me traite, et quelle vie est la mienne. Je brûle, je me consume encore, c'est toujours Laure qui me gouverne, et je suis toujours ce que j'étais. Ici je l'ai vue humble et modeste, là, orguilleuse et fière, pleine tour à tour de dureté ou de douceur, tantôt impitoyable et tantôt émue de pitié, se revêtir de tristesse ou de grâces, et se montrer tantôt affable, tantôt dédaigneuse et cruelle. C'est là qu'elle chanta si doucement, là qu'elle s'assit, ici qu'elle se retourna, ici qu'elle retint ses pas. C'est ici qu'elle perça mon cœur d'un trait de ses beaux yeux, ici qu'elle dit une parole, ici qu'elle sourit, ici qu'elle changea de couleur: hélas? c'est dans ces pensées que l'amour notre maître me fait passer et les nuits et les jours.»

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings