Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Pour bien goûter la plus grande partie des poésies de Pétrarque, il faut se rappeler les événements de sa vie, et les vicissitudes de sa passion pour Laure. On sait que dans les commencemens de cet amour, las de n'éprouver que des rigueurs, il fit, pour se distraire, un voyage en France et dans les Pays-Bas, d'où il revint par la forêt des Ardennes; mais qu'il fut poursuivi pendant tout ce voyage, par le souvenir de Laure, qu'il voulait fuir. Dans cette forêt même, alors fort dangereuse, infestée de brigands, plus sombre et plus déserte qu'elle ne l'est aujourd'hui, voici de quelles images douces et riantes son imagination se nourrissait. «Au milieu des bois inhabités et sauvages 651, où ne vont point, sans de grands périls, les hommes et les guerriers armés, je marche avec sécurité: rien ne peut m'inspirer de crainte, que le soleil qui lance les rayons de l'amour. Je vais (ô que mes pensées ont peu de sagesse!), je vais chantant celle que le ciel même ne pourrait éloigner de moi. Elle est toujours présente à mes yeux; et je crois voir avec elle des femmes et de jeunes filles; et ce sont des sapins et des hêtres. Je crois l'entendre en entendant les rameaux, et les zéphirs, et les feuillages, et les oiseaux se plaindre, et les eaux fuir en murmurant sur l'herbe verdoyante: rarement le silence et jamais l'horreur solitaire d'une forêt n'avait autant plu à mon cœur.»