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Histoire littéraire d'Italie (2/9)

Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)

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L'action une fois reprise, marche jusqu'à la fin d'accord avec l'histoire; et quoiqu'il y ait d'assez longues digressions, l'invention y a si peu de part, qu'il paraît inutile de pousser plus loin cette analyse, pour arriver par une route directe à un événement prévu. La première idée de cet ouvrage avait transporté Pétrarque: ce fut sur son Africa qu'il voulut fonder sa gloire: ce fut le bruit que firent dans le monde les premiers livres, l'espérance qu'ils faisaient concevoir du reste, et le plaisir qu'eut le roi Robert à les entendre, qui firent décerner à l'auteur la couronne poétique. Mais le refroidissement où il tomba bientôt sur ce travail, la peine qu'il eut à le reprendre, l'imperfection où il le laissa toujours, prouvent que, dans le fond, il ne le sentait point en proportion avec ses forces, ni analogue à son génie. Dans sa vieillesse, il n'aimait point qu'on lui en parlât, ni que l'on témoignât la curiosité de le voir, et encore moins que l'infidélité de quelques amis en répandit des fragments. Un jour, à Vérone, plusieurs d'entre eux l'étant allé voir, firent tomber la conversation sur son poëme, et croyant lui faire plaisir, ils en chantèrent quelques vers 637. Les larmes lui vinrent aux yeux, et il les pria en grâce de ne pas aller plus loin. Comme ils lui témoignaient leur surprise: «Je voudrais, dit-il, qu'il me fût permis d'effacer jusqu'au souvenir de cet ouvrage, et rien ne me serait plus agréable que de le brûler de mes propres mains.» Aussi, quelques instances qu'on pût lui faire, il se refusa toujours à le rendre public; les copies ne s'en multiplièrent qu'après sa mort, et ce fut par les soins de Coluccio Salutati et de Bocace, qui l'obtinrent de ses héritiers à force de prières. Malgré les défauts qui y dominent, et qui l'emportent de beaucoup sur les beautés, il est heureux qu'il se soit conservé, non pas pour la réputation du poëte, mais pour l'histoire de la poésie. C'est un monument précieux de cette époque de renaissance, bon à garder, comme ces tableaux et ces statues, productions de l'enfance de l'art, qui n'en augmentent ni la gloire ni les jouissances, mais que l'on n'examine pas sans fruit, quand on en veut étudier l'histoire.

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