Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Il avait fini, deux ans auparavant 630, dans la même retraite, un autre ouvrage commencé depuis quelques années, dont le titre est d'une simplicité piquante, et le sujet assez singulier; c'est celui qu'il intitula: De sa propre ignorance et de celle de beaucoup d'autres 631. Voici quelle en fut l'occasion. Lorsqu'il alla s'établir à Venise, la philosophie d'Aristote y était fort à la mode, ainsi que dans toute l'Italie. On ne la connaissait pourtant que par de mauvaises versions latines faites sur des traductions arabes, et par les Commentaires d'Averroès qui étaient bien loin d'y répandre de la clarté. Mais plus Aristote était obscur, plus il y avait de gens disposés à l'admirer. C'était l'oracle des écoles; on n'y jurait que par lui. Ce siècle était assurément très-religieux, et cependant Aristote, expliqué par Averroès, niait la création, la providence, les peines et les récompenses de l'autre vie. Ses disciples, à Venise, croyaient, comme leur maître, le monde infini et coéternel à Dieu: ils se moquaient de Moïse, de la Genèse, de Jésus-Christ même, des Pères de l'Église, enfin de tous les objets respectables pour les chrétiens. Cela devint une espèce de secte fort tranchante dans ses opinions, et disposée à jeter du ridicule sur tous ceux qui n'en étaient pas.