Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Je ne dirai pas la même chose d'un autre ouvrage qui est intitulé dans ses Œuvres: Du mépris du Monde, et qu'il appelait son secret 617. On en tire de grandes lumières sur les événements de sa vie, sur ses goûts, son caractère et ses plus secrets sentiments. Il le fit à Avignon ou à Vaucluse dans le temps où sa passion pour Laure lui causait le plus d'agitation et de trouble 618. Ce sont des dialogues entre lui et saint Augustin. Les Confessions de l'évêque d'Hippone lui en donnèrent l'idée. C'était celui de tous les Pères de l'église qu'il aimait le plus. Les rapports de caractère et de goûts qu'il avait avec lui contribuaient sans doute à cette préférence. Le père Denis, son directeur, lui avait fait présent d'un exemplaire des Confessions; il le portait toujours avec lui. Quand je lis les Confessions, disait-il, je ne crois pas lire l'histoire de la vie d'un autre, mais de la mienne. A l'exemple d'Augustin, il voulut développer tous les secrets de son âme, tous les replis de son cœur. Ni Augustin, ni Montaigne, ni même J.-J. Rousseau n'ont découvert plus naïvement leur intérieur, ni fait avec plus de franchise l'aveu de leurs faiblesses. A la fin de sa préface il s'adresse ainsi à son livre. «Toi donc, fuis les assemblées des hommes, sois content de rester avec moi, et n'oublie pas le nom que tu portes; car tu es et l'on t'appelera mon secret 619.» Ce titre et ce peu de mots font croire que son intention n'était pas de rendre cette espèce de confession publique; et, selon toute apparence, elle n'a vu le jour qu'après sa mort.