Note 13 — LIVRE PREMIER ANGLETERRE
Reading edition
L’homme du roi, le sage Cornwallis, comprit, en arrivant aux Indes, que, pour perpétuer cette gageure, il fallait des traitements énormes, monstrueux. — Avec les meilleures écoles, en Europe et aux Indes, comment espérer que des jeunes gens, impatients de se placer, de s’amuser, apprendront rapidement six ou huit langues difficiles. Ils n’y parviennent pas. Il leur faut l’interprète. Jamais sans les Indiens, ils ne pourraient rien faire, ni même tyranniser l’Inde. — IL faut que les Anglais soient un peuple bien grave pour ne pas rire eux-mêmes de cette comédie.
Les commencements valaient mieux. On espérait alors créer de solides liens entre les deux pays. Je suis heureux ici de pouvoir rendre hommage à la mémoire de William Jones, dont les travaux m’ont tant servi. Son Digest Hindou fut jadis un de mes livres favoris. Ce grand érudit fut lui-même un charmant poète. Il avait rêvé d’associer les origines indiennes et celtiques, Ossian et Calidasa. Seul, délaissé par sa femme malade, restant en Orient, pour y mourir, il s’adresse ainsi aux bons génies de l’Inde, à la divinité du Soleil, (Sureya) : « Si les hommes demandent quel mortel élève ainsi la voix, dis, ô dieu (car tes regards embrassent le ciel, la terre, l’océan), dis que du sein de l’île d’Argent, là-bas, au loin, de cette terre où les astres sourient d’un éclat plus doux, un homme est venu, et bégayant notre langue divine, bien qu’il ne soit pas issu de Brahma, il a tiré, de sa source la plus pure, la science orientale à travers des souterrains longtemps fermés et des sentiers longtemps obscurs. »