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Histoire du XIXe siècle (volume 2/3)

Note 81 — LIVRE IV ANGLETERRE. — INDE. — ÉGYPTE 97-98

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Pour tout ceci, j’ai suivi (outre nos sources françaises, si connues) deux narrateurs orientaux, intéressants et instructifs. L’un est le syrien Nakoula, au service de l’émir des Druses. Il passa trois années en Égypte pendant l’expédition (traduit par M. Desgranges, 1839). Il observa beaucoup. Il prétend que Bonaparte avait le bras droit plus long que le gauche (le gauche apparemment était rétréci sur la poignée de l’épée ?). — L’autre est un ennemi de la France, un musulman du Caire (Abdurrahman Gabarti, trad. par Cardin, 1838). C’est un lettré qui, à douze ans, savait tout le Coran par cœur. Son ouvrage se répandit, et fut estimé, puisque le sultan Sélim III le fit traduire en turc. Il est assez curieux, surtout comme représentant des préjugés natifs, même chez un homme cultivé. Il est partout malveillant, mais généralement d’une malveillance contenue, timide. Avec tant de moyens de s’informer, il étonne parfois par ses méprises et ses ignorances. Il croit par exemple que si, chez nous, les filles héritent, c’est que la loi ne donne rien aux mâles et les exclut de la succession. Son livre est curieux comme le témoignage forcé d’un ennemi sur la douceur singulière de la conquête française et les égards, même imprudents, des nôtres pour les musulmans. Il dit entre autres choses que les Français, entrant au Caire, avaient d’abord demandé que tous livrassent leurs armes ; mais le peuple disant que c’était un prétexte pour entrer dans les maisons et piller, les vainqueurs y renoncèrent et leur laissèrent leurs armes, qu’ils employèrent peu après contre nous. (Gabarti, page 28.)

Le consul anglais, M. Paton (1863) est bien plus Turc que les Turcs. Il ne cite de Gabarti que ce qui est contre nous, ne donne point les nombreux passages où le musulman avoue l’extrême douceur de la conquête. Il feint de croire que l’Égypte était vraiment encore au sultan, qui alors, dépossédé par les Mamelucks, n’osait y envoyer qu’un pacha annuel, lequel ne s’y montrait pas, et n’y était l’objet d’aucun hommage. M. Paton est parfois un peu étrange, il croit que la musique française est d’origine arabe (p. 210). Il affirme que la mer Rouge n’offrira jamais aucun avantage pour la navigation. (Paton, I, 229.)

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