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Histoire du XIXe siècle (volume 2/3)

Note 110 — LIVRE IV ANGLETERRE. — INDE. — ÉGYPTE 97-98 (continued 2)

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Le grand événement de 1857 a jeté quelque jour sur l’Inde. Cependant un brouillard très épais subsiste encore sur elle, et est soigneusement entretenu. Cela tient à plusieurs causes, d’abord à ce que nos rares voyageurs, les Jacquemont, Lejean, etc., se laissent facilement enguirlander. La bonne hospitalité des Anglais leur cache tout ; ils ne voient pas l’Inde. Quand je lis les lettres de ce spirituel et mondain Jacquemont, je pense au voyage pauvre, mâle, héroïque de notre Anquetil-Duperron. (Voy. en tête du Zend Avesta.) Les frères Schlagintweit, allemands, n’ont voulu voir que l’histoire naturelle, et là même, la décadence des forêts, la sénilité de l’Inde, pouvait en dire beaucoup. Pour les Anglais eux-mêmes, ils sont d’une admirable discrétion. Depuis que les grandes discussions du Parlement ont fini là-dessus, on ne sait rien, sinon qu’un meilleur gouvernement a succédé à celui de la Compagnie. On s’occupe enfin des forêts, etc. Au reste, les Anglais sont d’autant plus discrets sur l’Inde, que c’est pour tant de familles une affaire d’intérêt personnel. Pour se dispenser de mentir, ils ne disent absolument rien.

Parfois, il faut le dire, l’honneur et la véracité, la dignité morale de ce grand peuple, se fait jour et éclate, même en dépit de l’intérêt. C’est ce que j’ai remarqué avec plaisir dans les Rapports sur la grande Exposition, Rapports si favorables à l’Inde, si contraires à ceux qui en parlent comme d’un pays barbare. (Voy. ma Bible de l’Humanité.)

En 1857 aussi, la lumière s’est faite. A cette époque M. le comte de Warren, a réimprimé, continué et doublé un excellent petit livre qu’il avait fait depuis longtemps. Anglais de père, Français de mère, capitaine interprète dans les troupes de la Compagnie, il n’est nullement défavorable aux Anglais, il dit même que, pour lui, l’Anglais, surtout celui qui a voyagé, est l’idéal de l’homme. Mais en même temps il est très véridique et terriblement instructif, navrant sur la misère, l’épuisement de l’Inde, sur la captivité cruelle des princes indiens qu’il a momentanément partagée. Il raconte naïvement comment les saints, les méthodistes ont provoqué l’horrible mouvement de 1857. Révolution atroce, mais naturellement amenée par tout un siècle d’injustices. Réimprimera-t-on Warren à Londres ? J’en doute. Cela ferait peine au grand parti des saints et à l’auguste personne, qui est de ce parti. — Parti puissant, même à Paris, si bien qu’en 1857, la presse française fut toute entière contre l’Inde. Une seule voix s’éleva pour les Indiens, celle d’un homme, mort jeune et regretté, M. le marquis Jonquières Antonelle, de Nîmes, petit-fils du célèbre révolutionnaire.

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