Note 24 — DEUXIÈME PARTIE FIN DE LA CONVENTION. — DIRECTOIRE. (continued 3)
Reading edition
Dans un joli tableau du Louvre, la Cour des diligences, je vois un de ces retours, une touchante scène de famille. La dame, devenue presque mûre, l’enfant grandi en cinq ans, se précipitent pour recevoir ce voyageur tant attendu, qui se jette dans leurs bras. Qu’il est changé ! qu’il est usé, maigre dans son habit vert ! comme il a peu de cheveux ! Que de souffrances on devine !… Enfin la famille est réunie. « Puisse la famille française se réunir tout entière par le rapprochement des partis ! »
Ce sentiment était celui de bien des hommes, même les plus révolutionnaires des Duroy, des Duquesnoy ! (voir plus haut). Hélas ! cela est-il possible ?
Cet émigré auquel j’allais m’intéresser, quel uniforme porte-t-il ? Celui des chouans. Il dit par son habit vert : « Je suis le chouan, l’émigré, l’allié de l’ennemi. »
Qu’il est peu capable d’apprendre, de s’ouvrir à l’idée nouvelle, cet homme usé et séché ! Celui qui combattit la France, se croit la France légitime. Plus je le regarde de près, ce grand sec, à front fuyant (crédule et don quichottique), plus je reconnais ce genre d’hommes qui, même avant 89, sans fonds, frivole et galantin, n’avait rien dans le cerveau.
Même, parmi les émigrés, ceux qui eurent un vrai talent, n’en furent pas moins des esprits faux, écrivains souvent baroques. Les fictions les plus absurdes étaient prises d’eux avidement par une crédulité vieillote qui ressemble au radotage. Pour n’en citer qu’un exemple, parlons des onze cent mille bœufs que, selon eux, les terroristes ont brûlés vifs en Vendée, sans s’aviser de les manger ! (Beaulieu.)