Notes
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«Je transmets à Votre Majesté les dépêches de ses plénipotentiaires.
»J'ai cru devoir leur répondre sans attendre les ordres de Votre Majesté. Nous sommes au 1er août; ma lettre ne partira que ce matin, les plénipotentiaires ne la recevront que demain, et il se sera écoulé assez de temps pour que, conformément aux instructions que Votre Majesté m'a laissées, on arrive au 10 août sans s'être trop engagé. Il m'a d'autant moins paru dans l'intention de Votre Majesté de porter trop loin les discussions de forme qui mettraient à découvert le projet de gagner du temps, que nous parviendrons tout naturellement au moment du retour de Votre Majesté à Dresde sans que la négociation ait fait des progrès réels, et qu'aucune question ait été compromise. À peine celle de l'approvisionnement des places aura-t-elle été entamée.
»Des trois difficultés qui se sont élevées, celles relatives à l'échange des pouvoirs et au lieu des conférences se résoudront d'elles-mêmes.
»Quant au mode à adopter (à partir de ce mot la minute est écrite de la main du duc de Bassano) pour négocier, j'ai cru que nous ne pouvions différer pendant plusieurs jours de répondre, sans prendre sur nous ces retards, tandis que de fait, et si M. de Metternich insiste sur une proposition qui attente à tous les droits et à tous les usages, les entraves apportées à la négociation ne pourront être imputées qu'à lui.
»Quoique les déclarations qu'il a faites à MM. de Vicence et de Narbonne et à M. d'André n'aient peut-être pour objet que de rendre plus imposante son attitude de médiateur, il pourrait entrer dans les vues de Votre Majesté de donner dès le moment de son arrivée ici une tournure assez grave aux négociations pour qu'on n'osât pas les rompre. Dans cette supposition, j'ai pensé qu'il conviendrait à Votre Majesté de trouver les discussions préliminaires à peu près terminées.»
«À une lieue de Pirna, le 28 août 1813, à quatre heures après midi.
»M. le général Vandamme, l'Empereur ordonne que vous vous dirigiez sur Péterswalde avec tout votre corps d'armée, la division Corbineau, la 42e division, enfin avec la brigade du 2e corps que commande le général prince de Reuss: ce qui vous fera 18 bataillons d'augmentation. Pirna sera gardée par les troupes du duc de Trévise, qui arrive ce soir à Pirna. Le maréchal a aussi l'ordre de relever vos postes du camp de Lilienstein. Le général Baltus avec votre batterie de 12 et votre parc, arrive ce soir à Pirna, envoyez-le chercher. L'Empereur désire que vous réunissiez toutes les forces qu'il met à votre disposition, et qu'avec elles vous pénétriez en Bohême et culbutiez le prince de Wurtemberg s'il voulait s'y opposer. L'ennemi que nous avons battu paraît se diriger sur Annaberg. S. M. pense que vous pourriez arriver avant lui sur la communication de Tetschen, Aussig et Tœplitz, et par là prendre ses équipages, ses ambulances, ses bagages, et enfin tout ce qui marche derrière une armée. L'Empereur ordonne qu'on lève le pont de bateaux devant Pirna, afin de pouvoir en jeter un à Tetschen.»
Le maréchal Marmont n'est pas le seul à juger comme il l'a fait la conduite du maréchal Saint-Cyr en cette circonstance. Dans une relation encore manuscrite, digne de celle qu'il a écrite sur 1812, M. le général de Fezensac a porté en termes très-modérés, mais très-positifs, le même jugement que le maréchal Marmont sur le rôle qu'ont joué les divers acteurs de l'événement de Kulm. Effectivement les faits sont tellement frappants, qu'il est impossible de les interpréter de deux manières. Le général Vandamme ne périt pas pour être allé trop loin, car, ainsi que nous l'avons dit, il avait ordre d'aller à Tœplitz, et il s'arrêta à Kulm. À Kulm, avec 52 bataillons, il était invincible, et il le serait resté si trente mille Prussiens n'étaient tombés sur ses derrières. Qui était chargé de suivre ces Prussiens? Non pas Mortier, qui était à gauche à Pirna, et avait ordre d'y rester; non pas Marmont, qui était à droite sur la route d'Altenberg, et avait ordre de s'y tenir; mais le maréchal Saint-Cyr, qui était entre deux, avec mission de poursuivre l'ennemi sans relâche et dans toutes les directions, comme le lui prescrivaient les instructions réitérées de Napoléon. Or, le 28 il s'arrêta à Maxen, ce qui à la rigueur pouvait se concevoir. Mais le 29 il employa la journée à faire une lieue et demie, et envoya chercher l'ordre de savoir s'il suivrait Marmont qu'il venait de rencontrer sur sa droite. En admettant qu'il eût besoin de cet éclaircissement, le premier devoir était en attendant de ne pas perdre la piste de l'ennemi, et de ne pas lui laisser la liberté dont il usa si fatalement pour accabler Vandamme. Le lendemain, quand l'ordre, dicté par le plus simple bon sens, de tâcher de se lier à Vandamme plutôt que de suivre Marmont, quand cet ordre arrivait il n'était plus temps, et Vandamme était détruit. Le maréchal Saint-Cyr, sans la mauvaise volonté dont on l'a accusé à d'autres époques envers ses voisins, fut par la seule suspension de sa marche le 29, l'auteur involontaire assurément, mais bien visible, du désastre de Vandamme. Même en faisant demander un éclaircissement à l'état-major général, il aurait dû ne pas s'arrêter, et il devait bien, avec son rare esprit et sa grande expérience, se dire que pendant qu'il envoyait chercher un ordre l'ennemi se sauverait; et encore si l'ennemi n'avait fait que se sauver, ce n'eût été qu'un faible mal, mais en se sauvant il détruisit Vandamme et le destin de la campagne. C'est avec un grand regret qu'on trouve en faute un aussi noble personnage historique que le maréchal Saint-Cyr, mais l'histoire ne doit être une flatterie ni pour les vivants ni pour les morts. Elle n'est tenue que d'être vraie, de l'être sans malveillance comme sans faiblesse.
Nous plaçons ici quelques lettres extraites de la correspondance de Napoléon et du major général Berthier.
L'Empereur au major général.
«Dresde, le 27 août 1813, à sept heures et demie du soir.
»..... Envoyez reconnaître positivement la situation du maréchal Saint-Cyr. Témoignez-lui mon mécontentement de ce que je n'ai pas eu de ses nouvelles pendant toute la matinée: il aurait dû m'envoyer un officier toutes les heures pour me rendre compte de ce qui se passait.»
Au major général.
«Devant Dresde, le 28 août 1813.
»Donnez ordre au maréchal Saint-Cyr de marcher sur Dohna. Il se mettra sur la hauteur, et suivra la retraite sur les hauteurs en passant entre Dohna et la plaine. Le duc de Trévise suivra sur la grande route. Aussitôt que la jonction sera faite avec le général Vandamme, le maréchal Saint-Cyr continuera sa route pour se porter avec son corps et celui du général Vandamme sur Gieshübel, le duc de Trévise prendra position sur Pirna. Du reste, je m'y rendrai moi-même aussitôt que je saurai que le mouvement est commencé.»
Au major général.
«Dresde, le 29 août 1813, à 5 heures et demie du matin.
»Donnez ordre au roi de Naples de se porter sur Frauenstein et de tomber sur les flancs et les derrières de l'ennemi, et de réunir à cet effet sa cavalerie, son infanterie et son artillerie.--Donnez ordre au duc de Raguse de suivre l'ennemi sur Dippoldiswalde et dans toutes les directions qu'il aurait prises.--Donnez ordre au maréchal Saint-Cyr de suivre l'ennemi sur Maxen et dans toutes les directions qu'il aurait prises.--Instruisez ces trois généraux de la position des deux autres, afin qu'ils sachent qu'ils se soutiennent réciproquement.»
Au roi de Naples.
«Dresde, le 29 août 1813, à 5 heures après midi.
»Aujourd'hui 29, à six heures du matin, le général Vandamme a attaqué le prince de Wurtemberg près de Hollendorf; il lui a fait 1500 prisonniers, pris quatre pièces de canon, et l'a mené battant; c'étaient tous Russes. Le général Vandamme marchait sur Tœplitz avec tout son corps. Le général prince de Reuss, qui commandait une de nos brigades, a été tué.--Je vous écris cela pour votre gouverne.--Le général Vandamme me mande que l'épouvante est dans toute l'armée russe.»
Le major général au maréchal Gouvion Saint-Cyr.
«Dresde, le 30 août 1813.
»Monsieur le maréchal,
»Je reçois votre lettre datée de Reinhards-Grimme, par laquelle vous me faites connaître que vous vous trouvez derrière le 6e corps. L'intention de Sa Majesté est que, dans cet état de choses, vous appuyiez le 6e corps; mais il serait préférable que vous pussiez trouver un chemin sur la gauche, entre le duc de Raguse et le corps du général Vandamme, qui a obtenu de grands succès sur l'ennemi et lui a fait 2 mille prisonniers.»
Le prince de la Moskowa au major général.
«Wurtzen, 10 septembre 1813.
»C'est un devoir pour moi de déclarer à V. A. S. qu'il est impossible de tirer un bon parti des 4e, 7e et 12e corps d'armée dans l'état actuel de leur organisation. Ces corps sont réunis par le droit, mais ils ne le sont pas par le fait: chacun des généraux en chef fait à peu près ce qu'il juge convenable pour sa propre sûreté; les choses en sont au point qu'il m'est très-difficile d'obtenir une situation. Le moral des généraux et en général des officiers est singulièrement ébranlé: commander ainsi n'est commander qu'à demi, et j'aimerais mieux être grenadier. Je vous prie, monseigneur, d'obtenir de l'Empereur ou que je sois seul général en chef, ayant seulement sous mes ordres des généraux de division d'aile, ou que Sa Majesté veuille bien me retirer de cet enfer. Je n'ai pas besoin, je pense, de parler de mon dévouement, je suis prêt à verser tout mon sang, mais je désire que ce soit utilement.--Dans l'état actuel, la présence de l'Empereur pourrait seule rétablir l'ensemble, parce que toutes les volontés cèdent à son génie, et que les petites vanités disparaissent devant la majesté du trône.
»V. A. S. doit être aussi instruite que les troupes étrangères de toutes nations manifestent le plus mauvais esprit, et qu'il est douteux si la cavalerie que j'ai avec moi n'est pas plus nuisible qu'utile.»
«Le prince Guillaume, frère du roi de Prusse, avait déjà auparavant décidé le prince qui hésitait, à prendre une part sérieuse à la bataille, et avait amicalement éveillé son attention sur ce point, que l'opinion des troupes prussiennes et russes qui se trouvaient dans son armée lui était très-défavorable, et qu'elles allaient même jusqu'à douter de son courage personnel et de sa loyale volonté d'agir efficacement dans l'intérêt de la cause commune des alliés. Cette confidence, ainsi que les observations du général Adlerkreutz, chef de son état-major général, que les Suédois, loin de rester en arrière, désiraient au contraire soutenir leur ancienne renommée sur le champ de bataille où Gustave-Adolphe avait combattu si glorieusement, passent pour avoir exercé une influence décisive sur la résolution de Charles-Jean.»
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