← Table of contents
Histoire des salons de Paris (Tome 4/6)

Note 146 — SECONDE PARTIE.

Reading edition

Millin, conservateur ou directeur du cabinet des Médailles, était aussi de ma grande intimité; il venait chaque jour, et par son heureux caractère, ses connaissances (qu'on lui disputait, mais qui n'en étaient pas moins fort étendues et réelles), son esprit anecdotique et conteur, sa manière d'être toujours vouée à la gaîté, et sa volonté de s'amuser en amusant les autres, avec toutes ses qualités, Millin formait un des appuis les plus solides de notre société. Voulait-on jouer la comédie, Millin prenait le rôle qu'on lui donnait... Il aurait joué le marquis de Moncade, Othello, Crispin ou bien le Misanthrope, avec la même complaisance. Il est vrai qu'il jouait la comédie aussi mal que possible; mais c'est égal... Voulait-on jouer des charades en action, ce que nous faisions très-souvent, oh! alors, Millin était dans son centre!... il distribuait les rôles... mettait les turbans, faisait des casques de papier avec une dextérité admirable, et tout cela avec un sérieux d'autant plus grand, qu'il s'amusait en conscience... Et puis, lorsqu'il voyait qu'on avait assez des charades, des répétitions, il faisait apporter de sa propre bibliothèque, qui était fort belle, une vingtaine de collections de voyages, de costumes, de belles gravures[146], qu'il étalait sur le billard, et là, prenant une queue, il démontrait en nasillant et faisant l'explication des planches. C'était surtout aux portraits de femmes qu'il était comique! Il fallait l'entendre lorsqu'il faisait l'histoire de la sultane Ipomai!... et puis celle du prince Isouf!... Il était alors bien amusant!...

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings