Note 160 — SECONDE PARTIE.
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Je fis faire à mes deux filles deux ravissants petits costumes de majas, l'un blanc, pour l'aînée, et l'autre blanc et rouge pour la cadette; je donnai ordre à leur gouvernante, qui était une Anglaise (mademoiselle Podewin[160]), de conduire ses élèves chez la maréchale Ney. Comme la maréchale Ney n'a pas de fille, les miennes n'allaient jamais chez elle comme chez madame de Rovigo et les autres femmes de cette époque. Ce n'était pas non plus mon cocher qui les conduisait: c'était le leur, qui ne connaissait guère que le chemin de l'hôtel à l'église Saint-Roch ou celle de l'Assomption, et puis celui du bois de Boulogne... Enfin mademoiselle Podewin, bien endoctrinée, part pour la rue de Lille, mais sans savoir justement l'adresse de la maréchale. Le domestique, qui était aussi celui de mes enfants, s'informe; on lui montre un fort bel hôtel, devant la porte duquel il voit plusieurs lampions. Mademoiselle Podewin dit au cocher d'entrer; la voiture roule dans une cour immense et s'arrête au bas d'un perron sur lequel s'avancèrent plusieurs domestiques, mais tous vieux, et couverts d'une livrée dont la couleur sombre ne rappelait en rien l'élégance de la maison de la maréchale, dont mademoiselle Podewin m'entendait souvent parler. Ces hommes entourent mes chères petites, qui, jolies comme deux anges avec leur costume de majas, avaient peur de ces vieilles figures et se serraient contre leur gouvernante tout en marchant et traversant de vastes salons meublés avec une élégance magnifique, mais sombres, peu éclairés, comme il aurait fallu qu'ils le fussent, pour une fête d'enfants surtout; et partout le plus profond silence.