Note 159 — SECONDE PARTIE.
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Cherchant tous les moyens de reformer cette société qui était si désunie, j'en imaginai un nouveau: ce fut de faire trouver ensemble tous les enfants de ces jeunes mères qui se trouvaient être du même âge. Ma fille aînée avait alors six ans. Je fis faire en son nom des invitations à tous les enfants de son âge, et même à ceux de deux ans au-dessus et de deux ans au-dessous. Cette liste fut immense, et, dès la première année, nous eûmes près de soixante ou quatre-vingts enfants. On leur donnait les marionnettes, le singe savant, le général Jacquot, et puis à neuf heures et demie ou dix heures, on servait un ambigu où dominaient surtout les meringues, les plombières et les charlottes russes, et puis tout le bon petit peuple allait se coucher. Lorsque les enfants étaient partis avec leurs gouvernantes et leurs bonnes, les jeunes mères dansaient une ou deux valses, quelques contredanses, et puis à minuit on soupait et à deux ou trois heures on allait se coucher, heureux non-seulement de s'être trouvés et rapprochés par ce lien tout amical et presque saint de ces enfants, riant et jouant ensemble, formant ainsi entre eux pour l'avenir une chaîne d'amitié, une liaison que rien ne devait rompre. Tous les six janvier, jour de naissance de ma fille, la même fête avait lieu chez moi. À mesure que les années arrivaient les enfants grandissaient; les amusements changèrent aussi: les marionnettes, la lanterne magique, firent place à Olivier[159], aux serins savants, à Fitz-James, et enfin, en 1813, dernière année de nos fêtes régulières du 6 janvier, ma fille aînée dansa le menuet de la cour avec Abraham, son maître. Les jeunes filles commençaient déjà à remplacer les enfants: il y avait même une sorte d'émulation parmi les jeunes personnes; quant aux mères, elles avaient toujours continué à remplacer les enfants dans ma grande galerie, où se donnaient toutes les fêtes du 6 janvier. Nous dansions, nous riions comme nos enfants... Hélas! nous riions sans doute, car nous ne pouvions pas prévoir la violence de l'orage qui s'avançait sur nous sombre et menaçant...