← Table of contents
Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 188 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

Reading edition

Tout cela s'encadre assez mal dans la dorure classique. Ses imitations visibles de Virgile, ses épisodes insérés en façon de placage, ses invocations au Printemps, à la Muse, à la Philosophie, tous les souvenirs et les conventions de collége font disparate. Mais le contraste se marque bien davantage sur un autre point. La vie mondaine, tout artificielle, telle que Louis XIV l'avait mise à la mode, commençait à excéder les gens en Europe. On la trouvait sèche et vide; on se lassait d'être toujours en représentation, de subir l'étiquette. On sentait que la galanterie n'est point l'amour, ni les madrigaux la poésie, ni l'amusement le bonheur. On comprenait que l'homme n'est point une poupée élégante, qu'un petit-maître n'est pas le chef-d'œuvre de la nature, et qu'il y a un monde en dehors des salons. Un plébéien génevois, protestant et solitaire, que sa religion, son éducation, sa pauvreté et son génie avaient mené plus vite et plus avant que les autres, vint dire tout haut le secret du public, et l'on jugea qu'il avait découvert ou retrouvé la campagne, la conscience, la religion, les droits de l'homme et les sentiments naturels. Alors parut un nouveau personnage, idole et modèle de son temps, l'homme sensible qui, par son caractère sérieux et par son goût pour la nature, faisait contraste avec l'homme de cour. Sans doute ce personnage se sent des lieux qu'il a fréquentés. Il est raffiné et fade, s'attendrit à l'aspect des jeunes agneaux qui broutent l'herbe naissante, bénit les petits oiseaux qui célèbrent leur bonheur par leurs concerts. Il est emphatique et phraseur, compose des tirades sur le sentiment, invective contre le siècle, apostrophe la Vertu, la Raison, la Vérité et les divinités abstraites qu'on grave en taille-douce sur les frontispices. En dépit de lui-même, il reste homme de salon et d'académie; après avoir dit des douceurs aux dames, il en dit à la nature et déclame en périodes limées à propos de Dieu. Mais, en somme, c'est par lui que commence la révolte contre les habitudes classiques; et, à ce titre, il est plus précoce en Angleterre, pays germanique, qu'en France, pays latin. Trente ans avant Rousseau, Thompson avait exprimé tous les sentiments de Rousseau, presque dans le même style. Comme lui, il peignait la campagne avec sympathie et avec enthousiasme. Comme lui, il opposait l'âge d'or de la simplicité primitive aux misères et à la corruption moderne. Comme lui, il exaltait l'amour profond, la tendresse conjugale, «l'union des âmes, la parfaite estime animée par le désir;» l'affection paternelle et toutes les joies domestiques. Comme lui, il combattait la frivolité contemporaine et mettait en regard les anciennes républiques, «dont les désirs héroïques planaient si fort au-dessus de la petite sphère égoïste de notre vie sceptique.» Comme lui, il louait le sérieux, le patriotisme, la liberté, la vertu, s'élevait du spectacle de la nature à la contemplation de Dieu et montrait à l'homme par delà le tombeau les perspectives de la vie immortelle. Comme lui enfin, il altérait la sincérité de son émotion et la vérité de sa poésie par des fadeurs sentimentales, par des roucoulements de bergerades, et par une telle abondance d'épithètes, d'abstractions changées en personnes, d'invocations pompeuses et de tirades oratoires, qu'on y aperçoit d'avance le style décoratif et faux de Thomas, de David[188] et de la Révolution.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings