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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 24 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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La petite monnaie manquait en Irlande, et les ministres anglais avaient donné à William Wood une patente pour frapper cent huit mille livres sterling de cuivre. Une commission, dont Newton était membre, vérifia les pièces fabriquées, les trouva bonnes, et plusieurs juges compétents pensent aujourd'hui que la mesure était loyale autant qu'utile au pays. Swift ameuta contre elle le peuple en lui parlant son langage, et triompha du bon sens et de l'État[24]. «Frères, amis, compatriotes et camarades, ce que je vais vous dire à présent est, après votre devoir envers Dieu et le soin de votre salut, du plus grand intérêt pour vous-mêmes et vos enfants; votre pain, votre habillement, toutes les nécessités de la vie en dépendent. C'est pourquoi je vous exhorte très-instamment comme hommes, comme chrétiens, comme pères, comme amis de votre pays, à lire cette feuille avec la dernière attention, ou à vous la faire lire par d'autres. Pour que vous puissiez le faire avec moins de dépense, j'ai ordonné à l'imprimeur de la vendre au plus bas prix[25].» Vous voyez naître du premier coup d'œil l'inquiétude populaire; c'est ce style qui touche les ouvriers et les paysans; il faut cette simplicité, ces détails, pour entrer dans leur croyance. L'auteur a l'air d'un drapier, et ils n'ont confiance qu'aux gens de leur état. Swift continue et diffame Wood, certifiant que ses pièces de cuivre ne valent pas le huitième de leur titre. De preuves, nulle trace: il n'y a pas besoin de preuves pour convaincre le peuple; il suffit de répéter plusieurs fois la même injure, d'abonder en exemples sensibles, de frapper ses yeux et ses oreilles. Une fois l'imagination prise, il ira criant, se persuadant par ses propres cris, intraitable. «Votre paragraphe, dit Swift à ses adversaires, rapporte encore ceci, que sir Isaac Newton a rendu compte d'un essai fait à la Tour sur le métal de Wood, par quoi il paraissait que Wood a rempli à tous égards son traité. Son traité? Avec qui? Est-ce avec le Parlement ou avec le peuple d'Irlande? Est-ce que ce ne sont pas eux qui seront les acheteurs? Mais ils le détestent, l'abhorrent, comme corrompu, frauduleux; ils la rejettent, sa boue et sa drogue[26].» Et un peu après: «M. Wood, dit-il, propose de ne fabriquer que quarante mille livres de sa monnaie, à moins que les exigences du commerce n'en demandent davantage, quoique sa patente lui donne pouvoir pour en fabriquer une bien plus grande quantité;—à quoi, si je devais répondre, je le ferais comme ceci. Que M. Wood et sa bande de fondeurs et de chaudronniers battent monnaie jusqu'à ce qu'il n'y ait plus dans le royaume une vieille bouilloire de reste, qu'ils en battent avec du vieux cuir, de la terre à pipe ou de la boue de la rue, et appellent leur drogue du nom qu'il leur plaira, guinée ou liard, nous n'avons pas à nous inquiéter de savoir comment lui et sa troupe de complices jugent à propos de s'employer; mais j'espère et j'ai confiance que tous, jusqu'au dernier homme, nous sommes bien déterminés à ne point avoir affaire avec lui ni avec sa marchandise[27].» Swift s'emporte, ne répond pas. En effet, c'est la meilleure manière de répondre: pour remuer de tels auditeurs, il faut mettre en mouvement leur sang et leurs nerfs; dès lors les boutiquiers et les fermiers retrousseront leurs manches, apprêteront leurs poings, et les bonnes raisons de leur ennemi ne feront qu'augmenter l'envie qu'ils ont de l'assommer.

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