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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 181 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE. (SUITE.)

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Ce n'est pas tout d'avoir un bel habit, solidement cousu et à la mode; il faut encore pouvoir entrer commodément dans son habit. Lorsqu'on passe en revue toute la file des poëtes anglais du dix-huitième siècle, on s'aperçoit qu'ils n'entrent pas commodément dans l'habit classique. Ce justaucorps doré, si bien fait pour un Français, ne convient qu'à peu près à leur taille; de temps en temps un mouvement trop fort, incongru, le découd aux manches, et ailleurs. Voici, par exemple, Mathew Prior; au premier regard il semble qu'il ait toutes les qualités requises pour le bien porter: il a été ambassadeur en France, il écrit de jolis impromptus français; il tourne aisément de petits poëmes badins sur un dîner, sur une dame; il est galant, homme de société, aimable conteur, épicurien, sceptique même, à la façon des courtisans de Charles II, c'est-à-dire jusques et y compris la coquinerie politique; bref, c'est un mondain accompli dans son genre, ayant le style correct et coulant, maître du vers leste et du vers noble, et qui manie, d'après Bossu et Boileau, les pantins mythologiques. Avec tout cela, nous ne le trouvons ni assez gai ni assez fin. Bolingbroke l'appelle «visage de bois,» têtu, et dit qu'il y a du Hollandais dans sa personne. Ses mœurs se sentent bien fort de celles de Rochester et de toute cette canaille bien vêtue que la Restauration légua à la Révolution. Il prend la première venue, s'enferme plusieurs jours avec elle, boit sec, s'endort, et la laisse s'enfuir avec son argenterie et ses habits. Entre autres souillons assez laides et toujours sales, il finit par garder Élisabeth Cox, si bien qu'il manqua l'épouser: heureusement il mourut à propos. Telles mœurs, tel style. Quand il veut imiter le Hans Carvel de La Fontaine, il l'alourdit, il l'allonge; il ne sait pas être piquant, mais mordant; ses polissonneries ont une crudité cynique; sa moquerie est une satire, et il y a telle de ses poésies, l'avis à un jeune gentilhomme amoureux, où le coup de fouet est un coup d'assommoir. D'autre part, ce n'est pas un viveur ordinaire. De ses deux poëmes principaux, l'un, sur Salomon, paraphrase et met en scène le mot de l'Ecclésiaste: «Tout est vanité.» À ce trait, vous découvrez tout de suite que vous êtes en pays biblique: une pareille idée ne fût point venue alors à un camarade du Régent. Salomon conte ici qu'il a vainement interrogé ses sages, qu'il a été malheureux également par l'amour refusé et par l'amour obtenu, que le pouvoir ne l'a point contenté, et il finit par se remettre aux mains de Dieu. Ce sont là des tristesses et des conclusions anglaises[181]. D'ailleurs, sous la rhétorique et la facture uniforme des vers, on sent de la chaleur et de la passion, on aperçoit de riches peintures, une sorte de magnificence et l'épanchement d'une imagination trop pleine. La sève en ce pays est toujours plus forte que chez nous; leurs sensations sont plus profondes, comme leurs pensées plus originales. Son autre poëme, très-hardi et très-philosophique, contre les vérités et les pédanteries officielles, est une conversation bouffonne sur le siége de l'âme, où Voltaire a pris beaucoup d'idées et beaucoup d'ordures; tout l'arsenal des sceptiques et des matérialistes était bâti et rempli en Angleterre, quand les Français y sont venus; Voltaire n'a fait qu'y choisir, affiler des flèches. Notez encore que ce poëme est tout entier écrit en style de prose, avec un âpre bon sens et une franchise médicale que les plus crues des abominations n'effarouchent pas[182]. Candide et les Oreilles du comte de Chesterfield sont des écrits plus brillants, mais non plus vrais. Somme toute, brutalité, manque de goût, longueurs, perspicacité, passion, il y a quelque chose en cet homme qui ne s'accorde pas avec l'élégance classique. Il va au delà ou ne l'atteint pas.

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